Carine Lacombe : “Le débat sur la santé à la présidentielle est complètement pauvre.”

Départs de personnel, absentéisme accru, fermetures de lits, pandémies continuent de se reproduire… Les hôpitaux français semblent aujourd’hui au bord de la tourmente. Comment sauver notre système de santé ? L’Express consacre cette semaine un gros dossier à ce thème. Nous avons également interviewé Karine Lacombe, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine (Paris) et membre du think tank du président. Dans un contexte tendu, les infectiologues sont en train de redonner de l’attractivité aux hôpitaux. Karine Lacombe déplore notamment qu’un an et demi après la crise du Covid-19, les candidats à la présidentielle mettent beaucoup plus l’accent sur la sécurité que sur la santé. maintenance.

L’Express : Covid-19 a fait naître l’espoir de meilleures façons de faire fonctionner les hôpitaux publics, mais les choses semblent être pires qu’avant…

Carine Lacombe : Nous avons été témoins de nombreux roulements ou absences du personnel médical d’urgence (aides-soignants, infirmiers) en raison de la fatigue physique et morale liée à la crise sanitaire. A cela s’ajoute un rattrapage de vacances qui n’a pas été pris lors de la dernière vague, qui doit être payé d’ici la fin de l’année. Auparavant, vous pouviez les mettre sur votre compte d’épargne, mais l’hôpital a déjà une dette énorme, ce qui réduit cette possibilité. Dans le même temps, le recrutement d’intérimaires a été suspendu car l’argent dépensé pour Covid a réduit le budget.

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Il y a aussi une pénurie de personnel de « soutien » comme les travailleurs logistiques et sociaux. Ils occupent une place importante car ils aident à amener rapidement le patient vers la structure post-hospitalière et à résoudre les problèmes de soins (sécurité sociale, paperasse, etc.). Sinon, les patients seront hospitalisés plus longtemps, incapables de rentrer chez eux en bon état, des séjours hospitaliers plus longs, des soins de moindre qualité, des salles d’urgence surpeuplées, et le stress de tous les soignants et patients augmentera.

Le fardeau bureaucratique est-il revenu?

Depuis le Covid, nous connaissons les contacts admin. Cela créait un lien opérationnel et facilitait le remplacement. Cependant, on voit bien que l’on est revenu aux contraintes du passé. Si nous sommes encore ingérables et équilibrés (par exemple, dans les discussions sur l’adéquation des besoins des infirmières adaptées au fardeau des soins aux patients), le compromis est le plus souvent directionnel. Nous souffrons toujours d’un manque d’investissement dans les structures. Chez Covid, beaucoup de matériel a été acheté, mais l’engagement financier de restructuration a été interrompu comme si l’argent dépensé devait rattraper d’autres postes budgétaires.

Nous travaillons dans des environnements dégradés (anciens dispositifs médicaux, bâtiments vétustes, etc.) et pour l’instant l’annonce de Ségur n’a rien changé. Au contraire, le budget de fonctionnement a été créé, suspendu puis aboli. Dans mon département, il y a un trou dans le sol. Lorsque vous mettez le médicament dans le chariot, tout tremble. Vous pouvez vous tordre la cheville. Nous avions un plan de rénovation qui a été voté et approuvé il y a trois ans, mais a été reporté depuis, mais sans espoir de le réaliser. Garantir un lieu de travail confortable et sûr fait non seulement partie de la qualité de vie au travail, mais aussi de la qualité des soins, par exemple pour prévenir les infections nosocomiales et les accidents liés aux soins.

Que dois-je faire?

Tout d’abord, rendez l’hôpital à nouveau attrayant. Elle donne du sens aux engagements des personnes, reconnaît leurs investissements et montre des perspectives de progrès ainsi que des augmentations de salaire. Ce problème est également dû à la rigidité des services hospitaliers publics, rendant difficile l’élaboration de salaires adaptés à l’investissement des personnes. Les transporteurs ne peuvent pas être développés indépendamment les uns des autres. Nous devons regagner de la flexibilité dans ce domaine.

Et bien sûr, d’autant plus que nous faisons face à une population vieillissante, il est impératif d’augmenter le nombre de postes et de les embaucher. Le vieillissement de la population est beaucoup plus vulnérable face à la maladie et perd souvent en autonomie. Les hôpitaux publics doivent remplir une mission d’accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité médicale et sociale incompatible avec les objectifs de rentabilité attendus du modèle de soins entrepreneurial. Le cœur de métier de l’hôpital est de prodiguer des soins adéquats et au meilleur coût pour accomplir cette mission.

En même temps, les financements publics ne sont pas infinis…

La qualité des soins est également source d’économies. En investissant dans les ressources humaines, vous pouvez réduire considérablement le coût des soins. Regardons un exemple d’ajustement de médicament. Il s’agit notamment de s’assurer que le traitement habituel du patient est compatible avec le traitement reçu lors de son hospitalisation et que le traitement de sortie est compatible avec son traitement. Son but est d’éviter les accidents iatrogènes (effets secondaires liés aux interactions médicamenteuses, ndlr). Les accidents iatrogènes sont coûteux en nouvelle consommation médicale (dans le pire des cas, ils peuvent entraîner la mort du patient, ce qui représente un coût énorme pour le patient). Cependant, nous ne pouvons faire cette réconciliation que si nous avons des ressources humaines. Cependant, cela a un coût. Il s’avère qu’investir une petite somme en premier peut avoir un grand impact à la fin.

Avez-vous d’autres pistes ?

Peut-être pouvons-nous travailler sur des modes de financement alternatifs pour investir dans la rénovation des structures. On parle beaucoup de partenariats public-privé. Vous pouvez également développer des parrainages. Peut-être qu’à terme, nous devrons tenir une grande conférence sur la santé pour décider collectivement de l’orientation que nous voulons donner à notre système médico-social.

Je n’ai pas de solution miraculeuse. Ce sont les moyens du remords pour éviter de submerger toute la nation. Le soin est un bien collectif et tout le monde est inquiet.

« Sans le savoir, lorsqu’une profession est majoritairement occupée par des femmes, cette profession est dévalorisée.

Vous êtes profondément impliqué dans l’égalité des sexes. L’inégalité des genres affecte-t-elle la fonction hospitalière ?

C’est un problème important. Construire les politiques de santé est essentiellement le travail des hommes (présidents successifs, ministres de la santé, secrétaires à la santé), et les femmes n’ont souvent que des postes temporaires et des rôles secondaires, des patrons hiérarchiques (premiers ministres.. C’était sous le contrôle de.). J’étais responsable de l’arbitrage final. La gestion des hôpitaux, des pôles et des services est essentiellement masculine dans sa conception et sa gouvernance, laissant la plupart des « soins », des soins directs aux patients, aux femmes (aides-soignantes, infirmières). Cela n’induit de la douleur que sur le lieu de travail. Si la profession est inconsciemment occupée majoritairement par des femmes, la profession sera dévalorisée. Il est essentiel d’améliorer l’égalité des sexes dans toutes les fonctions hospitalières.

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Pendant la pandémie, les hôpitaux et la santé ont été au centre des préoccupations. Cela se reflète-t-il dans l’élection présidentielle ?

Jusqu’à présent, le débat sur la santé est complètement pauvre. Le seul thème abordé dans les médias est le débat sur la « grande sécurité » lancé par Olivier Véran. Le président est allé rencontrer des personnes travaillant dans le domaine de la santé aujourd’hui sans aucune suggestion concrète. Cela m’inquiète beaucoup. Nous ne sommes pas encore sortis de la pandémie. Vous avez peut-être pensé que le maintien de la cohésion sociale était une préoccupation majeure. Mais non, nous sommes polarisés sur la sécurité. Si nous n’avions pas été trop impliqués dans ces sujets dans le passé et que nous avions commencé à réfléchir à l’amélioration de notre système de santé, nous serions probablement mieux préparés à cette épidémie. Ne refaites plus la même erreur.


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