Carlos Lopes : “Ce n’est pas le caprice des Africains de dire que l’Afrique est l’avenir du monde.”

Depuis avril 2021, L’Express sillonne l’Afrique à la découverte des innovations qui contribueront à la transformation du continent africain à travers la série « African Holdings ». Les entrepreneurs et les gouvernements misent sur les données satellitaires à travers l’attribution d’aides sociales à travers l’analyse aérienne des habitats du Togo, de l’assurance agricole sur les téléphones portables du Mali au GPS spécial transhumance au Burkina Faso.

Une autre tendance est que les paiements mobiles s’accélèrent à un rythme alarmant. Au Kenya, les applications M-Pesa cartonnent, entraînant l’émergence de tout l’écosystème des start-up. Certains nous ont confié l’espoir, comme Twiga, qui révolutionne les aliments agricoles nationaux en offrant des marchés virtuels à des milliers d’agriculteurs.

Ces rapports, publiés en podcasts, décrivent non seulement les atouts du continent en matière d’innovation, mais également de nombreux défis non résolus. Pour analyser ces questions, nous avons fait appel à Carlos Lopez, éminent économiste de l’Université de Cape Town (Afrique du Sud) et ancien président de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. entrevue.

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L’Express : Votre dernier livre L’Afrique est l’avenir du monde *.. Que vous inspire ce précurseur ?

Carlos Lopes : Pour comprendre le rôle central de l’Afrique à l’avenir, il suffit de regarder les trois mégatendances qui façonneront notre avenir : la vitalité, le climat et la technologie. Sur le plan démographique, le continent possède le plus grand bassin de jeunes au monde. Cependant, compte tenu du vieillissement de la population occidentale, la main-d’œuvre sera de plus en plus concentrée en Afrique.

Au niveau climatique, il est impossible d’atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris sans un certain nombre de métaux si abondants en Afrique. C’est le cas du lithium et du cobalt (pour la fabrication des batteries), ou du graphite pour les panneaux solaires. De plus, l’Afrique est un immense réservoir d’hydrogène vert produit à partir de l’eau et de l’énergie solaire ou éolienne, grâce à ses accès maritimes et ses zones désertiques. Cela nous conduit à la transition de la technologie. Non seulement il est essentiel de faire la différence sur le continent, mais les plus jeunes habitants de la planète seront les premiers consommateurs de produits à forte intensité technologique, des smartphones aux crypto-monnaies. Bref, dire que l’Afrique est l’avenir du monde n’a rien à voir avec les caprices des Africains !

Côté innovation, M-Pesa, une application de paiement mobile lancée au Kenya en 2007, Succès Fabriqué en Afrique…

Ce cas est intéressant. En effet, son innovation clé se concentre sur la réglementation, un élément rarement pris en compte dans les équations. Nouveauté? L’opérateur de télécommunications (Safaricom) a obtenu une licence pour opérer en tant que banque. Techniquement, rien n’était révolutionnaire. Le cas d’école montre que les pays africains peuvent faire un bond en avant en réformant les réglementations.Dans le domaine de la fintech [NDLR : ces start-up fournissant des services financiers grâce à des technologies innovantes], Vous pouvez voir les progrès fulgurants. Sur les sept licornes africaines (valant plus d’un milliard de dollars), cinq appartiennent à la FinTech.

à partir de Moyeu Sur le plan technique, nous devons mentionner la ville de Cape Town, Afrique du Sud à la fin. Il abrite l’immense centre de stockage de données d’Amazon, qui emploie 3 000 personnes, ainsi que le siège du fournisseur d’accès Internet Naspers. C’est l’un des principaux investisseurs mondiaux en technologie et la plus grande entreprise du continent. Il y a aussi le télescope MeerKAT, l’un des télescopes les plus puissants de la planète, et le CPUT Institute of Technology, qui vient de lancer un troisième satellite.

Quels sont les freins à l’innovation continentale, en plus du cadre réglementaire ?

L’accès à l’énergie et l’accès à Internet sont deux obstacles majeurs. Un tiers de la population du continent utilise Internet, mais la région Asie-Pacifique en utilise en moyenne 61 %. Néanmoins, les progrès sont spectaculaires. Dans certains pays, les réseaux Internet connaissent une croissance de plus de 5 % par an. La portée de l’électricité augmente également, mais cela prendra encore plus de temps, car les installations photovoltaïques de plus en plus populaires ne sont pas encore assez efficaces. En dehors de ces deux facteurs, les efforts de R&D restent insuffisants.

L’île Maurice est classée numéro un en Afrique dans l’indice mondial annuel de l’innovation. Quel est le secret de ce petit pays ?

Maurice a mis en place une série d’incitations financières et fiscales pour les entrepreneurs. Avant tout, le maître-mot du modèle économique est le dynamisme. Nous ne ciblons qu’une priorité à la fois et passons à une autre dès qu’elle est atteinte. D’abord le sucre, puis le textile et l’électronique. Maintenant, c’est FinTech. Et autour de ce noyau central, le gouvernement a une stratégie globale qui consiste à coordonner l’ensemble des acteurs nationaux. D’autres pays ont cette approche.

Lequel?

Le Maroc a misé sur les industries automobile et aérospatiale. Grâce à une politique industrielle cohérente, il est devenu un important constructeur automobile sur le continent. Premièrement, le Maroc offre aux entreprises industrielles des incitations financières telles que des exonérations fiscales pendant cinq ans. Plus tard, avec l’implantation de Renault, le royaume participe à la construction d’un centre de formation. Plusieurs partenariats ont été signés entre des entreprises et des universités pour former une main-d’œuvre qualifiée, comme entre Renault et l’Institut Mohammadia de Technologie.

Le Togo est un exemple récent, définissant la transformation agricole comme une priorité et développant une zone industrielle de 400 hectares pour passer de l’agriculture de subsistance à l’industrie agricole.

La contribution de la diaspora à l’innovation continentale est l’un des axes de la politique africaine d’Emmanuel Macron. Quel rôle peuvent-ils jouer ?

Rôle de base. Il existe déjà des exemples extraordinaires, comme Gro Intelligence. Son PDG, Salamenkar, est éthiopien. Cette ancienne figure de Wall Street faisait partie des 100 personnes les plus influentes au monde en 2021. Times Magazine. Son entreprise analyse les données météorologiques et agricoles pour prévoir les niveaux de rendement, prévenir les risques et prévoir les prix des matières premières sur le marché mondial.

Les habitants de 54 pays africains bénéficient-ils vraiment du succès de ces diasporas ?

Les envois de fonds de la diaspora vers l’Afrique constituent la contribution la plus stable au financement extérieur de l’Afrique. Cela représente 60 à 65 milliards de dollars chaque année. En outre, certains pays, comme l’Éthiopie, la Tunisie et le Cap-Vert, ont des programmes avancés pour réinjecter une partie de ces économies dans le développement.

La pandémie de Covid-19 a ramené la question du partage des brevets pour des innovations spécifiques telles que les vaccins. L’accès à ces brevets est-il un frein à l’innovation en Afrique ?

Il est clair que les règles commerciales en matière de propriété intellectuelle ne sont pas en faveur des pays en développement. Alors que la population vieillit, les pays développés ont tout intérêt à protéger la valeur de leur propriété intellectuelle afin de maintenir leur domination. Cependant, ces barrières rendent l’accès à l’innovation très coûteux. Ce sera certainement l’un des défis majeurs de l’Afrique pour l’avenir.

* Publié aux Editions du Seuil en mMars 2021.

Express

Cette interview a été réalisée dans le cadre d’un partenariat avec le Centre européen du journalisme et la Fondation Bill & Melinda Gates.


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