George Friedman : Pour les sous-marins, les redressements australiens ont du sens

La décision du gouvernement australien de rejoindre un consortium des États-Unis et du Royaume-Uni pour acquérir un sous-marin nucléaire a suscité la colère de la France. Pour “calmer les choses”, l’Australie a expliqué que les Français étaient loin derrière, citant des problèmes culturels comme la tendance à travailler au ralenti en août et à ne pas arriver à l’heure. A la conférence… mais bien sûr le point important est qu’aux yeux de Canberra, le programme de sous-marins nucléaires répond mieux à ses besoins qu’une flotte diesel ou électrique.

Problèmes géopolitiques, pas de gros sous

La décision de l’Australie est une question de géopolitique, pas une fortune. La situation internationale était différente lors de la signature de l’accord avec la France en 2016, et lors des années de négociations précédentes. Certains pensaient que la Chine était en pleine mutation économique, axée sur le commerce international et se dirigeait vers une sorte de libéralisme interne. La Chine achète des minéraux australiens de très haute qualité, et les universités australiennes sont submergées par les étudiants chinois. Pour l’Australie, l’acquisition de sous-marins faisait partie d’un plan de modernisation de la flotte, et non de préparation à de futurs conflits.

La guerre n’est pas inévitable et improbable à mon avis. Mais les pays doivent être préparés aux pires scénarios. L’acquisition d’équipements français à Canberra a soulevé la question de l’intention et de la capacité françaises pendant la guerre. En temps de paix, l’achat de matériel n’est pas nécessairement basé sur l’ajustement d’intérêts stratégiques ou la capacité du fournisseur à participer à des conflits potentiels. Cependant, les pays responsables doivent entretenir des relations mondiales (économiques et politiques) avec leurs fournisseurs pour garantir que l’intendance se poursuit en cas de conflit. En d’autres termes, le prix n’a pas d’importance. L’acquisition d’armes doit faire partie d’un intérêt systématique commun et d’une vision commune. Selon Canberra, l’attentat de Paris en France ne correspond pas à ce profil.

Photo fournie par la Royal Australian Navy sur un sous-marin de classe Collins le 22 mars 2015 près de Rockingham, en Australie.

Photo fournie par la Royal Australian Navy sur un sous-marin de classe Collins le 22 mars 2015 près de Rockingham, en Australie.

afp.com/CPOIS DAVID CONNOLLY

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D’un point de vue australien, les futures actions (ou omissions) de la France sont imprévisibles. Ce dernier a ses propres intérêts et il n’est pas certain qu’il soit systématiquement compatible avec les intérêts de l’Australie. En 2016, il n’y a eu aucun problème avec ces conditions. Oui aujourd’hui.

Le nouveau contrat de sous-marin lie trois nations insulaires. Comme vous le savez, l’Angleterre et l’Australie sont des îles. Les États-Unis sont un pays insulaire entouré de deux mers. De plus, la Seconde Guerre mondiale était essentiellement un conflit naval, même si la plupart des pertes de vies humaines se sont produites sur terre.

Les États-Unis étaient un important fournisseur d’équipement et de main-d’œuvre. La Grande-Bretagne ne pourrait survivre que si elle en obtenait des États-Unis. Si la Grande-Bretagne s’était effondrée, l’avenir de l’océan Atlantique et des États-Unis aurait été remis en question. Les États-Unis devaient également empêcher le Japon de dominer l’océan Pacifique. Dès le début, ils ont vu l’Australie comme un emplacement géographique possible pour lancer une contre-attaque dans le Pacifique occidental.

La logique de la Seconde Guerre mondiale refait surface

Ni la Grande-Bretagne ni l’Australie n’auraient pu résister à la région Asie-Pacifique dominée par le Japon et à l’océan Atlantique dominé par les Allemands. Dans le pire des cas de Washington, les États-Unis auraient vu leurs deux côtes menacées, mais se sont seulement rendu compte qu’ils étaient isolés du monde. L’alliance, construite autour du Royaume-Uni, de l’Australie et des États-Unis avec le soutien du Canada et de la Nouvelle-Zélande, bloque le contrôle des mers de l’Allemagne et du Japon et permet de fournir des troupes aux bases terrestres et aériennes. Les intérêts de tous ces pays étaient alignés. Les États-Unis devaient sécuriser la Grande-Bretagne et bloquer le Japon dans leur propre intérêt. La Grande-Bretagne et l’Australie devaient clairement protéger leur territoire. Il peut y avoir des divergences tactiques, mais des ajustements stratégiques ont été apportés.

Le contrat sous-marin (sans parler de nombreux autres facteurs de coopération) refait surface dans la logique de la Seconde Guerre mondiale et anticipe une guerre potentielle. La Grande-Bretagne essaie déjà de se différencier de l’Europe avec le Brexit. Ses intérêts stratégiques à long terme ne sont pas liés au Vieux Monde, mais aux États-Unis tels qu’ils étaient dans les années 40.

Néanmoins, dans le Pacifique, les intérêts de la France sont limités.

L’Australie est confrontée à une menace potentielle de la part de la Chine, entraînant son entrée et son contrôle dans le Pacifique occidental. L’Australie n’est pas en mesure d’affronter seule la Chine. Les États-Unis ne peuvent pas se permettre de céder tout ou partie de l’océan Pacifique à la Chine. En cas de guerre, encore, et peu probable à mon avis, l’Australie devrait être en contact avec une grande puissance capable et obligée de bloquer la Chine.

De ce point de vue, on comprend la logique de la transformation géopolitique de l’Australie dans le cas des sous-marins. Dans les situations où la probabilité d’une guerre est peu probable, l’acquisition de matériel militaire peut être traitée comme une simple question commerciale. Mais maintenant que les scénarios de conflit ne sont plus à exclure, une réflexion plus globale s’impose, prenant en compte les enjeux géopolitiques.

Dans le Pacifique, malgré tout, les intérêts de la France sont limités. Une chose est sûre : il n’y a aucun intérêt ou capacité à y mener une guerre à long terme. Cependant, la fourniture de pièces détachées pour sous-marins à l’Australie pourrait être interprétée par Pékin comme un acte de guerre. Le problème, c’est que les Australiens ne connaissent pas la véritable capacité de la France à maintenir sa flotte dans un tel scénario. Depuis 2016, les choses ont changé et le maintien d’une flotte de sous-marins est devenu un enjeu d’intérêt national fondamental pour l’Australie. La France l’a bien compris, mais se poser en partenaire trahi est un avantage.

Quoi qu’il en soit, il faut observer l’évolution de Five Eyes, cette association d’agences de renseignement aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, au Canada et en Nouvelle-Zélande (fondée en 1941). -Geeland. Les trois premiers pays cités viennent de construire une alliance, UKUS, qui va bien au-delà du renseignement. Une chose à garder à l’esprit est l’émergence d’un système de Société des Nations très réaliste et maritime. L’OTAN est toujours là, mais sa mission et ses capacités pendant la guerre sont inconnues. L’Alliance anglophone AUKUS avance et d’autres étapes suivent. De ce point de vue, il faut lire la décision australienne de résilier le contrat d’achat du sous-marin français.

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George Friedman : Né à Budapest en 1949, ilest le fondateur de Avenir géopolitique, Site d’analyse et de prévision géopolitique. Expert américain dans le domaine de la diplomatie et du renseignement, il a conseillé de nombreux gouvernements et organisations militaires tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis. En 2015, George Friedman a créé un avenir géopolitique. Plus tôt en 1996, il a également fondé Stratfor, un média numérique influent dédié aux affaires internationales. Enfin, Georges Friedman est l’auteur de nombreux livres, dont des best-sellers. 100 prochaines années,Publié en 2009, il a été salué pour sa précision prédictive.


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