Grève scolaire : “Jean-Michel Blanker est dans une situation impossible”

Après deux ans de crise sanitaire, le monde de l’éducation sévit. Selon le ministère de l’Intérieur, ce jeudi 13 janvier, environ 78.000 personnes sont descendues dans la rue à l’appel de tous les syndicats pour blâmer “l’indescriptible agitation” générée par le protocole sanitaire. En fin de journée, le délégué syndical a reçu rue Grenelle du ministre de la Santé Olivier Véran et du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blankel. Plusieurs mesures ont été annoncées, dont la fourniture de 5 millions de masques FFP2 aux enseignants de maternelle, l’embauche de 3 300 contractuels, et le report des bilans de CP à mi-parcours à partir de la semaine prochaine. Mais pour François Dubet, sociologue spécialiste des questions éducatives, ces annonces ne suffisent sans doute pas à calmer la rébellion actuelle.

L’Express : Pouvez-vous certifier historique ce déménagement du 13 janvier ?

François Dubet : Cette journée est une mobilisation statistiquement historique dans le sens où se sont rassemblés tant de grévistes qui ne sont pas familiers ces dernières années. Eh bien, je ne pense pas que cet épisode sera une vraie pause. J’ai peur que demain je me réveille dans le même état qu’hier. Sans émissions politiques, il n’y aurait pas de revendications ou de projets scolaires réels qui en sortiraient. Nous sommes confrontés à une maladie énorme et facile à comprendre. Le personnel est fatigué, débordé et épuisé par la crise sanitaire de ces deux dernières années.

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Comment décririez-vous cette frustration générale ?

L’enseignant a dû gérer le premier confinement en premier. C’était très compliqué car nous devions fermer l’école pendant deux mois et reprendre les cours par téléphone ou par internet en cas de sinistre. L’année suivante fut également très chaotique. Le baccalauréat, paradoxalement, s’est déroulé dans une situation inédite au service de Jean-Michel Blankel. Rappelons que ce dernier est favorable à l’instauration d’une part importante de surveillance continue, et ce système s’impose clairement grâce au Covid-19. Enfin, de nos jours, on dit que les gens ont arrêté en raison d’une série de mesures sanitaires parfois considérées comme folles. Cette fois, tous les professeurs, directeurs, inspecteurs, etc. ont suivi.

Comment sortir de cette tourmente où les écoles plongent ?

Le problème est que vous n’avez vraiment pas le choix. Nous savons que laisser l’école ouverte met la pression sur les enseignants. D’un autre côté, la fermeture des écoles risque de perturber les familles, d’abandonner les élèves et de perturber l’économie. C’est pourquoi nous avons l’impression d’être au bout de la fatigue. Et ça va changer les choses, pas la simple fourniture de masques FFP2 annoncée hier. L’embauche d’un entrepreneur est également promise et peut causer autant de problèmes qu’elle en résout. Où puis-je le trouver? De quel niveau de qualification avez-vous besoin ? Quelle position prendront-ils ? …. Jean-Michel Blankel, qui a battu le record de longévité en tant que ministre de l’Education nationale, est aujourd’hui dans une situation impossible.

Vous pensez qu’il est victime d’une crise sanitaire ?

C’est indispensable compte tenu de la politique qu’il mène depuis son arrivée à la rue Grenelle (retour aux fondamentaux, découpage des classes de CP et de CE1 en zones prioritaires, réforme des lycées et des licences, etc.). Veuillez noter que l’action a été suspendue par Covid pendant deux ans. Mais cela ne permet pas tout. Ses actions, un mélange de réformisme et de jacobinisme, ont fini par frustrer certaines parties du monde de l’éducation. Le personnel est très agacé par les directives, les contrôles et les injonctions constantes. N’oubliez pas que les enseignants ont la particularité d’être seuls face à la classe. Ils sont habitués à faire ce qu’ils pensent être le mieux. C’est pourquoi ils sont si mal vécus qu’ils le perçoivent comme une forme d’autoritarisme.

Express

L’image de Jean-Michel Blancel sortira-t-elle de cet épisode irrémédiablement blessée ?

Il est clair que c’est une mauvaise façon pour lui de mettre fin aux cinq dernières années. Sa récente participation au colloque de l’université de la Sorbonne (« Post-déconstruction : reconstruction de la science et de la culture », les 7 et 8 janvier derniers, ndlr) en période d’intense turbulence scolaire a été surtout mal reconnue. Mais encore une fois, son homme incarne toutes ces atermoiements liés à des crises qui ne lui sont pas propres. Les autres pays ne s’en sortent pas toujours bien, et ils sont tous plus ou moins dans la même situation. Le Covid-19 a créé un système d’injonctions contradictoires. Peu importe ce qu’ils décident, les politiciens font toujours le mauvais choix. Mais Jean-Michel Blancel fait aussi les frais de son style très solide. Il n’a pas non plus été possible d’écouter les revendications des enseignants concernant leurs activités, leurs récompenses ou la réévaluation de leur recrutement. Ce projet était essentiel, mais restait relativement modeste. Cela contribue à la maladie générale.


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François Bazin, essayiste et journaliste spécialisé en politique.François Bazin

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