Joséphine Baker et la cohorte française, Sylvain Fort

Vous n’entrez jamais seul au Panthéon. Comme Marlow l’a dit, avec vous, derrière vous, vous traînez la cohorte. Pour Jean Moulin, c’était celui d’un résistant torturé. Pour Maurice Genevoix, c’était une armée fantomatique de 1914. Pour Simone Weil, c’était une armée d’exilés qui revenaient du camp avec d’horribles secrets ou mourraient dans ce silence d’Auschwitz. Le jour de la cérémonie, le public a entendu. Auparavant, pour Victor Hugo, c’était tous les Parisiens qui escortaient le cercueil. Il savait exprimer l’espoir humain et la rébellion contre le tyran, alors il parlait mieux que quiconque de la splendeur et de la misère du cercueil.

Cette fois, Rambo, voisin de Verlaine, aurait pu entraîner derrière lui un rebelle, déclassé, rêveur de toutes les générations. Ou faire entrer Proust, l’étrange faune d’un noble tombé dans la voûte du Panthéon, et surtout, la splendeur du français, où personne n’était un alchimiste puissant. Cela aurait pu être Apollinaire, ou Albert Camus. Chacun aurait convoqué avec lui de magnifiques demandeurs d’asile et des avides d’idéaux et de justice.

C’était Joséphine Baker. Le biographe est déjà occupé. C’était une femme pauvre, noire, danseuse, actrice, résistante, militante, humaniste, tiers-mondiste et gaulliste. Dans sa vie destinée, nous ne pouvons pas en dire assez sur les paillettes.

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Vous n’entrez jamais seul au Panthéon

La seule chose est que vous n’entrerez jamais seul au Panthéon. Quand une femme qui serait certainement surprise de rejoindre Jean Moulin et Germaine Tyrion, Voltaire et Scheurcher y est hospitalisée, il faut se demander : et vous, votre cohorte. Puis les silhouettes de toutes les personnes dans la lutte qu’elle endosse et défend surgissent de l’ombre. Bien sûr, les femmes. Bien sûr, les noirs. Bien sûr, le Combattant de la Résistance. Bien sûr, les enfants. Mais encore, quelle était sa vie, autrefois il n’y avait personne, nulle part, pourtant, loin d’imaginer un brin d’amertume, une ressource de combat pour les autres en eux.

Le combat de Joséphine Baker résonne fortement avec les préoccupations modernes de protection et de promotion des femmes et des minorités dites visibles, mais survit grâce au désir constant de fraternité qui les a animées. La cohorte de Joséphine Baker est une cohorte de personnes offensées et humiliantes qui tirent le grand pouvoir du pardon et de l’unité de leurs blessures. Une personne qui voit un gage de courage et d’honneur, plutôt que de voir l’approbation de faiblesses dans les démarches entreprises envers l’oppresseur. La cohorte de Joséphine Baker, ce sont tous ces hommes et ces femmes, et qui ont passé leur vie sans relâche, espérant plus de compassion et de bienveillance, plus de générosité et plus de justice. En ce sens, il est comparable à nos plus grands écrivains qui n’ont cessé de le chercher partout où ils ont pu trouver la source de l’humanité.

Par conséquent, si l’admission de Joséphine Baker au Panthéon en dit long sur elle-même, ce qu’elle était et ce qu’elle a pu accomplir, peut-être encore plus sur le pays où elle a décidé de vivre. Je parle. Cette liberté et son combat : la France. N’est-il pas inhabituel qu’un danseur noir venu se produire sur la scène parisienne de la misère de l’Amérique incarne l’essence de l’esprit français de fond en comble ? N’est-il pas un peu étrange qu’elle-même ait mis le pied en France, ne parle pas notre langue, ne sache rien de nous, l’a tout de suite senti et compris, et a décidé d’y vivre ? Ce pays, dont la grandeur a été si mal conçue qu’il a été élu par Joséphine Baker, n’est que la preuve de sa grandeur. Notre timidité, nos préjugés, notre résignation, notre abandon-collaboration valent moins que la somme de nos bienfaits, et notre génie nous éclaire sur ce que nous sommes réellement et souvent sceptiques.Les Français ont su la convaincre qu’elle avait besoin d’élever.

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Le Panthéon est fait pour ça : raconter aux « grands hommes » et aux grandes femmes la perception de leur patrie. A l’époque où nous vivions, nous n’aurions pas pu trouver meilleure personne pour exprimer cette gratitude que Joséphine Baker. Oui, sa cohorte est la France.


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