“Les adolescents d’aujourd’hui sont impressionnés par la différence et me bouleversent.”


N.-É.Ses enfants sont au cœur du nouveau roman de Clara DuPont Monod. En Cévennes, à la fin des années 1980, un frère et une sœur aînés sont suivis d’un troisième enfant gravement handicapé. Aveugle et très dépendant, il communique avec le monde par ses sens : goût, odorat, ouïe… son frère, qui a touché les vulnérabilités de l’enfant, en a fait le centre de son monde. Faire. Sa sœur, en revanche, crée la jalousie, la rébellion et la culpabilité. Un quatrième enfant viendra apaiser la vie de famille. Rappelant à la fois la beauté du lien qui unit ces frères et les difficultés rencontrées par les familles handicapées, ce roman aux allures d’histoire est sans larmes et inspirant. Cette œuvre illustre a su émouvoir les 2000 élèves qui composent les juges des Grands Prix Goncourt du lycée.

Point: Après Femina, votre roman remportera le Prix Goncourt des lycéens. Ce sera le seul livre du nouveau semestre à remporter deux grands prix littéraires. Comment vous sentez-vous?

Clara DuPont Mond : Je suis très faché. Écrire ce texte, c’était le mettre sur le devant de la scène, avec un coup de cœur, une réalité inconnue, un handicap sérieux pour l’enfant et l’impact potentiel que cela pouvait avoir sur sa fratrie. J’ai souligné ma vision avec des mots, des émotions et des risques. Et puis un miracle se produit : le Prix Femina, et le Prix Goncourt pour les lycéens, deux générations de lecteurs différents se sont inquiétés pour mon livre et ont décidé de le mettre en lumière. Cela m’impressionne car je sais que cette thématique concerne bien plus de personnes que moi : les aidants, les familles, les personnes qui travaillent au contact des personnes handicapées…

Les lycéens portent aussi une prise de risque littéraire : votre roman ressemble à une histoire, vous avez donné aux pierres qui pavage la cour de la maison de votre famille le rôle d’un narrateur…

On dit que les ados n’ont pas lu, mais en fait tous les risques que j’ai pris AdaptationLes thèmes du handicap, les personnages sans nom et les pierres parlantes leur semblaient très familiers et très naturels. Dans les questions qu’ils m’ont posées au cours de la discussion, je me suis sentie tentée et inspirée. Ils reconnaissent et apprécient la prise de risque. Les jeunes lecteurs d’aujourd’hui sont ambitieux et absolument pas conservateurs.

Lire à nouveauQui est le héros type de la fiction littéraire française de 2021 ?

Savaient-ils que votre roman est en partie autobiographique ?

Bien sûr, une partie de mon expérience personnelle dans mon roman a été clairement comprise dans les questions très subtiles et originales qu’ils m’ont posées. Ils savaient que je leur parlais de ma vie, et cela renforce ma force émotionnelle. Après avoir écouté les nouvelles au téléphone, j’ai fait du vélo, je suis entré dans le bureau de l’éditeur et j’ai pleuré. Adaptation Il raconte également l’histoire d’un jeune homme des années 1980 et 1990 qui souffre de solitude en raison de différences familiales. Et maintenant, en 2021, des jeunes arrivent et les élisent. Aujourd’hui, les lycéens offrent leur amitié à ceux qui l’ont tant manqué. Ce balancement de pendule me brise le cœur.

Ces adolescents de 2021 ont-ils un rapport au handicap plus souple que vos propres adolescents ?

Je vous parle avec beaucoup d’émotion : ce choix me révèle que cette génération est heureuse d’être différente et différente de la mienne. Encore plus puissant : ils l’accueillent et ils le choisissent. Le fait que les adolescents d’aujourd’hui puissent toucher la différence m’impressionne profondément.