Livres francophones : destins mêlés centrafricains


EEntre le Nigeria, la région des Grands Lacs et l’Afrique australe, l’Afrique centrale est généralement reconnue comme le moteur de la démographie du continent, où près de la moitié de sa population avait moins de 14 ans en 2019, et des bassins uniques sont souvent sous-développés. C’est une ressource naturelle et c’est le « deuxième poumon vert de la terre » après l’Amazonie. Zones souffrant de pauvreté, de conflits, d’instabilité politique et d’une faible pénétration d’Internet (12% en moyenne en 2019). Ainsi, la première ligne de la République démocratique du Congo (RDC) ou du Cameroun attire à la fois la cupidité et l’inquiétude et représente un univers contrasté pour le développement du livre français.

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Mosaïque linguistique

Cette zone est une mosaïque linguistique où chaque pays vit des réalités différentes. La République démocratique du Congo compte quatre langues officielles, le français, sur plus de 200 langues (Kongo, Lingala, Swahili et Turba) qui existent à l’échelle nationale. Le Cameroun est officiellement bilingue en français et en anglais, sans compter les langues nationales existantes. Le Rwanda parle principalement l’anglais, mais le français est la seule langue officielle du Gabon. Autant de particularités à prendre en compte pour comprendre le contexte du livre francophone où le Cameroun est un poids économique majeur.

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Leader camerounais de l’édition française…

Le marché français du livre en Afrique centrale est estimé à un chiffre d’affaires d’environ 77 millions d’euros provenant de la vente de livres publiés localement en 2019. Cela équivaut à 1,5 % du principal marché français mondial. Le Cameroun se situe dans huit des dix régions francophones, totalisant plus de la moitié de ces revenus, vendant 9 millions d’exemplaires et représentant 42 millions d’euros, l’essentiel de ses activités étant réalisé par le marché public des manuels scolaires.

… avec de nombreux acteurs locaux

En 2019, la loi sur un manuel unique (un par matière et un par niveau) augmentera la présence sur le marché des éditeurs camerounais, avec près de 70 % des titres agréés par le nouveau ministère de l’Éducation. Au Cameroun. Auparavant, plus de 300 livres figuraient sur la liste officielle, permettant aux étudiants d’avoir jusqu’à 6 livres par matière. Le recentrage des titres a mis les éditeurs camerounais en meilleure position pour assurer l’édition scolaire dans le pays.

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RDC : version locale différée

Les éditeurs internationaux remplaceront en revanche le marché scolaire en République démocratique du Congo, dominé par les appels d’offres internationaux, principalement pour le compte du pays et gérés par les bailleurs de développement. Récemment, la concurrence avec les grands éditeurs en France, au Canada, ainsi qu’en Afrique du Sud et en Inde a été suffisamment forte pour se positionner sur ces marchés de distribution de manuels scolaires à 20 millions d’écoliers en RDC en 2019. Le développement des publications scolaires locales n’est pas permis.

Les livres “utiles” ouvrent la voie

Plus généralement, le marché du livre centrafricain est principalement tourné vers les livres dits « utiles », notamment les éditions scolaires, professionnelles, voire religieuses. La « joie » de lire est minoritaire et largement entravée par le faible pouvoir d’achat dans les pays où l’achat de livres est le plus souvent considéré comme un luxe. Ceci est mis en évidence par la tragédie du piratage, où les œuvres illégales sont vendues à bas prix et la qualité n’est pas garantie. Par exemple, des pages manquent souvent ou des chapitres sont inversés. Ces réseaux parallèles, à l’instar d’autres marchés africains, entraînent une pénurie importante de filières locales.

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Citation difficile…

Sans statistiques officielles, les poids structurels de l’économie informelle centrafricaine ne permettraient pas d’évaluer précisément le marché ou de cartographier avec précision les acteurs, et ainsi d’apporter une réponse adaptée. Seules des estimations basées sur des entretiens ou des travaux de recherche, comme par l’universitaire Rafael Thierry sur le marché camerounais (publiées sur son site EditAfrica.com), permettent d’avoir une idée générale de la situation et des français dans la région.

… mais un marché en croissance

L’étude économique prospective « Le livre français dans le monde en 2030 et 2050 », menée dans le cadre d’un tribunal du livre français dans le monde, propose une trajectoire possible pour le marché du livre francophone en Afrique centrale. Le dynamisme démographique et les experts du livre actifs et talentueux estiment que le marché régional passera de 12% à 26% d’ici 2030 et que le chiffre d’affaires approchera les 100 millions d’euros dans le meilleur scénario du marché. ..

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Triple marché

Dans les prévisions 2050, les revenus du marché pourraient tripler avec la vision de rayonnement ou connaître une progression mesurée de 19% avec la vision de retrait. Les contraintes incluent les effets positifs d’une démographie sans cesse croissante. Ces scénarios reflètent les atouts et les risques qui se présentent dans le contexte des livres français dans la région et fournissent une mesure complète de l’action immédiate. Elle renforce le cadre institutionnel du livre, une meilleure cohésion transfrontalière du siège local pour favoriser en priorité l’interaction avec les marchés voisins, une lutte coordonnée contre le piratage… On peut même commencer par l’appui des réseaux de diffusion et de lecture publique. objet. La première action pour soutenir le développement du livre, non seulement sur le plan culturel, mais surtout sur le plan éducatif, est un enjeu majeur pour l’avenir des jeunes d’Afrique centrale.

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* Jean-Michel Huet est partenaire de BearingPoint.

** Olivier Lenne est Directeur Associé de BearingPoint.

*** Tom Adriaenssens est consultant BearingPoint.