“L’ours est un symbole de notre lien avec la nature.”


MoiIl y a des moments dans la vie qui resteront gravés à jamais. Quand j’ai vu un ours dans les Pyrénées, la ligne de mire des montagnes a changé. Au printemps dernier, j’ai dû prendre une photographie aérienne d’une série documentaire sur la faune pyrénéenne. Le temps est gris et il pleut, et le vent souffle fort, il semble donc que le tournage soit en danger. Malgré tout, nous avons décidé de gravir la crête pour nous faire une place. Et comme nous sommes au centre de la zone des ours des Pyrénées Centrales, il y a au moins 40 individus…

Nous sommes quatre personnes. Le droniste Benjamin porte les vieilles jumelles de son grand-père. Au bout d’un instant, il réagit. Même à travers une loupe, on ne détecte que de petites taches noires perdues dans l’immensité de la roche. Les deux naturalistes qui nous accompagnent sont équipés de manière beaucoup plus professionnelle et pensent d’abord à la peau de chamois. Ils ne cessent de se faire mal aux yeux dans l’espoir d’observer des plantigrades, et il faut quelques secondes pour croire à la chance d’un débutant. Et encore. C’est certainement un jeune homme qui escalade ces parois verticales près de Montvalier.

Les mots de Robert Heinard

Observez les animaux pendant plus d’une heure. Sa puissance, son agilité, la preuve de son existence dans cet environnement. A plus de 200 mètres de nous, il grimpe facilement les pentes raides. Puis il quitte nos horizons pour changer de vallée, comme s’il avait déterminé qu’il en avait assez partagé. Quand je me souviens de ce moment, je suis profondément ému. Je ne sais pas si c’est la taille d’une bête (le mâle le plus fort des Pyrénées peut atteindre jusqu’à 250 kilomètres) ou cette force, qui est presque surnaturelle pour nous les humains. Pourtant, je sais que j’ai utilisé une scène rare et exceptionnelle.

Les propos de ce philosophe écologiste suisse, Robert Heinard, sont peu connus du grand public, mais sont maîtres de pensée par la plupart des naturalistes modernes et ont fortement résonné depuis cette expérience croissante. À notre compréhension. En effet, au moment de ces observations, nous constatons que nos êtres rétrécissent, deviennent de plus en plus humbles, et ne constituent physiquement qu’une petite partie du plus grand tout. Une partie de notre conviction que nous sommes au centre tremble. Et forcément, nous serons différents. Robert Heinard a aussi très tôt intellectualisé la magie du lien qui nous relie à notre environnement, et plus précisément à la nature sauvage que nous ne maîtrisons pas. “J’ai l’infini à portée de main, je le vois, je le touche, je le mange, et je sais que je ne pourrai jamais en manquer. , je comprends ma rébellion incontrôlable quand je vois la nature opprimer : je tue mon infini. “”

Jeu d’horreur

“Ils tuent mon infini”, c’est ce que j’ai ressenti samedi 20 novembre en apprenant la mort de Caramel (l’identité de l’ours n’a pas encore été confirmée). En particulier, un animal a été identifié pour moi, nous l’avons donc filmé au printemps et avons pâturé dans un pâturage d’altitude avec deux chiots.

La nouvelle est tombée et il y a eu un flot de questions. Comment la chasse était-elle autorisée dans des zones où de nombreux naturalistes savaient que Metz avait trouvé un abri avec un navet ? Pourquoi l’ours a-t-il chargé ? Se sentait-elle coincée ? Êtes-vous entouré de chiens et de chasseurs? Sans la possibilité de s’évader et de protéger sa jeunesse ? Les ours bruns n’attaquent pas les humains car une chose est sûre. « Cet accident sans précédent avec un ours dans les Pyrénées survient malheureusement très souvent chez des sangliers. Au cours des deux derniers mois en France, des chasseurs blessés par des sangliers ont été évacués par hélicoptère. J’ai constaté plus de quatre accidents du même type. J’aime l’association prônant la Fiep, l’intervention écopastorale, et la cohabitation entre troupeaux et plantigrades en été, que j’ai écrite dans un communiqué dimanche. Ces accidents de chasse n’ont pas fait la une des journaux à 20 heures. Alors pourquoi réserver un autre sort à un ours ?

“Vous verrez un ours marcher dans le village !” titrait un journal local lundi matin. Les montagnes sont infranchissables et dangereuses, selon certains opposants à l’existence de l’ours. Le jeu de l’horreur a de nouveau atteint le fond de la vallée, et les ours continuent d’être victimes de l’image typique de l’hérésie d’un point de vue scientifique. Grandir sur les deux pieds, des crocs acérés, des lèvres ruisselantes de sang, prêt à dévorer quiconque s’approche ? Evidemment non. En effet, si le plantigrade monte, il vaut mieux renifler ce qui se présente devant lui. Côté alimentation, 80% sont herbivores et l’essentiel de la consommation de protéines animales est constitué d’insectes et de papillons.

La France est une mauvaise élève

“La cohabitation est impossible”, crie la fédération de chasse depuis l’incident. Ce genre de revendication stimule le débat public dès que des faits divers blâmant les ours incitent le territoire des médias. Mais franchement, pourquoi la France est-elle le seul pays européen où la coexistence élevage et sauvage semble impossible ? Que ce soit les Asturies en Espagne ou les Abruzzes en Italie, le problème de la cohabitation ne se pose plus chez nos voisins, et la plupart des efforts sont concentrés sur la conservation des espèces. En effet, depuis près de 20 ans, l’obligation de protéger les plantigrades est inscrite dans une directive européenne dite « Habitat-Animal-Flore ». Cette dernière demande aux États membres de « maintenir les populations d’ours bruns dans un état de conservation favorable ». Depuis, la France est une mauvaise élève et l’Europe a réclamé plusieurs arrêtés, mais les chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle ont sorti une nouvelle version de 2013, notamment pour favoriser la diversité génétique. Et depuis 2018, le pays y travaille. Tous les ours “exclus” par les humains seront remplacés. La mort de Caramel signifie-t-elle qu’un nouvel ours va réapparaître dans les Pyrénées ? Malheureusement, ce n’est pas si sûr.

En attendant, l’enquête vient de commencer. Il faut s’attendre à savoir ce qui s’est réellement passé dans la vallée de l’Estur le samedi 20 novembre. Personne n’a besoin de savoir que l’ours et son enfant ont été évacués dans la zone. Et en attendant la conclusion de cette enquête, il faut rejeter le pessimisme. Mais nous devons rester vigilants. Rappelons qu’en 2017, des hommes armés cagoulés menaçaient l’État et ses agents et annonçaient la reprise de la chasse à l’ours en Ariège. Ils n’ont pas été inquiets jusqu’à présent. Trois ans plus tard, en juin 2020, un ours était toujours abattu en Ariège. L’enquête menée n’a pour l’instant pas donné lieu à des poursuites. Espérons que ce nouvel événement sonnera différemment et finira par éveiller votre conscience. Attendez-vous à ce que les idées de Robert Heinard commencent. « Le jour viendra où le degré de civilisation se mesurera non à la préservation de la nature, mais à la quantité et à la qualité, et plus tôt qu’on ne le pense, il est possible qu’elle existe dans le domaine de la nature et dans le domaine de la sauvagerie. en attendant, j’ai été tué mes morceaux sans fin.

* Alwa Deluze est auteur et réalisateur d’un film documentaire. Elle vit dans les Pyrénées.