Michel Winock : « L’extrême droite de la France est comme une rivière souterraine.

Pour comprendre le « phénomène Zemour », il faut remonter à l’histoire dont les controverses elles-mêmes sont souvent témoins.Michel Winock, qui a édité il y a quelques années un ouvrage collectif passionnant Histoire de l’extrême droite de France (Point) Reprenez le fil du nationalisme xénophobe théorisé par Valles et Morus, qui refleurissent maintenant grâce à la crise sociale et politique actuelle. Utiliser ce rappel sous forme d’avertissement : Si les opposants démocrates ont échoué dans le passé, c’est grâce à l’esprit « Défense républicaine » du parti et des intellectuels.

L’Express : La période de crise actuelle est souvent comparée aux années 30 et se caractérise par une montée extrême due à de fortes tensions sociales et politiques. La polémique d’extrême droite sur l’entrée d’Eric Zemmour dans l’arène politique conduit-elle à plus de comparaisons ?

Michel Winock : Le contexte international est très différent. La soi-disant démocratie non libérale en Europe de l’Est n’était pas un régime fasciste ou nazi, et les acteurs soviétiques ont disparu. De plus, bien que le gouvernement de l’entre-deux-guerres surgisse tous les sept mois, notre administration est très stable. D’autre part, l’exclusion étrangère et le racisme font partie de deux époques. Le mot d’ordre s’est répandu dans les années 1930 et est revenu du nord et passer au pays des travailleurs étrangers, comme les très actifs Polonais dans les mines. -de-Calais. En plus de cela, il y a eu une vague de discours, de slogans et de mouvements antisémites. De ce point de vue, l’antisémitisme de l’époque peut être comparé à l’hostilité actuelle à l’islam.

Service limité. 2 mois pour 1 € sans engagement

Selon vous, voyez-vous le phénomène d’« infection » entre la droite et l’extrême droite, comme dans l’entre-deux-guerres ?

La question du système et des contours de l’Etat de droit, la montée des abstentions, la montée du radicalisme, et le fait que l’idée de démocratie elle-même ne fasse plus l’unanimité peuvent certainement rappeler le passé. Aujourd’hui, certains des droits républicains deviennent de moins en moins républicains. Elle est fascinée par la radicalité de la critique du système, qui n’établit plus l’autorité nécessaire de l’État à ses yeux, ce qui explique pourquoi les militants LR veulent voter pour Zemmour.

C’est aussi un symptôme de voir un leader d’image modeste comme Michel Barnier s’aligner sur la vision de Marine Le Pen en proposant un « moratoire » sur l’immigration. La rupture est particulièrement nette du côté droit de l’échiquier politique. Mais il y a aussi une transmission à gauche : il y a quelques jours, Arnaud Montebourg a repris l’idée du président du RN en prônant un blocage des envois de fonds vers les pays qui ne rapatrieraient pas leur population avant de se retirer. Cependant, les comparaisons imposées aux historiens sont moindres que celles des années 30 et moins que celles de la fin du XIXe siècle.

Que veux-tu dire?

Le mot lui-même s’est en effet imposé durant la période de 1885 à 1900, du général Boulangisme à l’affaire Dreyfus, avec l’avènement du nationalisme. Ce mot, forgé sous la révolution, n’est plus utilisé. C’est l’écrivain Maurice Barrès qui la reprend en 1892 avec l’article “La querelle des Nationalistes et des cosmopolitistes”. Il ne s’agit encore que de flux de littérature, mais Valles réitère dans le système de pensée qui découle de sa campagne et de la défense des valeurs nationales et des intérêts nationaux, montrant la priorité de l’action politique. Valles et son frère cadet Morus sont deux écrivains qui ont commencé par « pourriture », leur refus, et le désir de la surmonter, développant progressivement un corpus idéaliste qui survit à Zemmour.

Valles accuse les étrangers de venir « manger du pain français », mais la réforme-protestante ouvre la voie à la liberté de pensée – Juifs, francs-maçons, intellectuels. Tous Charles Maurras les appellera plus tard « anti-France ». Valles, espérant anéantir la république parlementaire, est candidat aux élections de 1889 sous la bannière du boulangisme général et dirige le peuple selon son ami Paul Delrede et sa Ligue des Patriotes.De ce point de vue, nous avons mis en place une puissante administration prévisite. . Source de légitimité. Les affaires du général Boulanger prennent fin le soir des élections victorieuses à Paris en janvier 1889, en raison du regret de ses partisans d’avoir physiquement lancé un attentat contre l’Elysée. Mais son échec en était aussi la cause. J’ai réussi à me former contre lui dans une véritable coalition républicaine.

“L’extrémité droite est comme une rivière souterraine, qui apparaît parfois selon la situation.”

Comme je le dis aujourd’hui, le fameux “Front Républicain”…

Oui ! Modérés, radicaux et socialistes se sont unis pour protéger la république, plutôt que de s’entendre entre eux. L’affaire Dreyfus a ouvert une nouvelle étape de tension pour des nationalistes très forts, avec un focus sur l’antisémitisme. Environ 20 ans après la défaite de 1871, l’armée s’impose plus que jamais comme l’un des piliers de l’identité nationale. Si le Conseil de guerre déclare Dreyfus traître, il n’y a rien à redire. Aujourd’hui, lorsqu’Eric Zemmour a laissé entendre que l’innocence de Dreyfus n’était pas si évidente, il a jeté un coup d’arrêt à la tradition nationaliste de l’affaire anti-Dreyfus, ignorant les aveux du commandant Esther Haj.

Eric Zemmour compte parmi ses partisans de l’action française. Le Courant de Maurasie a récemment connu une nouvelle jeunesse, alors qu’on le croyait crépusculaire. La société française ne sous-estime-t-elle pas cette trace, ou plus largement, la trace de l’extrême droite dans son ensemble ?

L’extrême droite est comme une rivière souterraine, qui apparaît parfois selon les situations. Pendant les Trente Glorieuses, il n’en fit parler que pendant la guerre d’Algérie, et encore ne put s’organiser en grand parti. Deux grandes traditions le composent. C’est un monarchiste incarné par l’action de la France et un populiste national du général Boulangiste.un journal Comportement français Né au moment de l’affaire Dreyfus, Morus, soutenu par les deux grandes puissances de l’époque, l’armée et l’église, a permis son développement en intégrant les royalistes et le nationalisme, dit « nationalisme intégré ».

“C’est très déroutant qu’Eric Zemmour loue à la fois Petan de Vichy et le général de Gaulle !”

Pour Morus, la résurrection de la monarchie autoritaire était la solution à tous les problèmes soulevés par la république parlementaire. Il a été rejoint par des personnes cultivées, des écrivains et des intellectuels qui ont défendu des idéaux anti-démocratiques et anti-républicains. Cependant, le coup d’État qu’il a préconisé pour vaincre la république n’a pas eu lieu. Morus est resté un intellectuel et un éditorialiste, alors dans la nuit du 6 février 1934, alors que ses partisans étaient prêts à attaquer le Congrès avec d’autres ligues, il est devenu l’épouse de son compagnon de route Léon Dode. J’ai écrit un poème !

Plus tard, les idées de Maurasia ont trouvé des illustrations concrètes de la Révolution nationale de Petan et ont survécu dans des publications confidentielles et certaines familles bourgeoises catholiques traditionalistes. Eric Zemmour partage l’idée centrale de “l’ennemi intérieur” avec les morus-islamiques et les immigrés remplacent les juifs chez eux. L’avantage de ce concept est que différents publics peuvent être réunis. Dans le passé, des ouvriers qui étaient censés être exploités par des catholiques qui étaient en contact avec le « homme de main capitaliste » et le « meurtrier » juif. Aujourd’hui, des gens qui veulent « remplacer » les « français de souche » et rendre le pays non chrétien.

Pensez-vous que l’essayiste et Marine Le Pen incarnent chacune à leur manière l’une des deux grandes traditions d’extrême droite que vous venez d’évoquer ?

Eric Zemmour est une idéologie hybride. Il emprunte à Valles, Morus, Dorumon, Bainville, Renault Camu, mais peut encore citer De Gaulle, considéré comme un traître par les gens de droite qui s’opposent à Vichy. Il a également été condamné à mort par contumace par Petan ! Et après la guerre, il a régné avec la gauche, les communistes et les démocraties chrétiennes. C’est très déroutant qu’Eric Zemmour loue à la fois Petan de Vichy et le général de Gaulle ! Mais il faut jeter un large filet !

Marine Le Pen est, en fait, la paternité du général Boulangiste avec le soutien démographique populaire et le populisme social. Mais l’électorat a clairement un pont entre ces deux traditions.

En toi Histoire de l’extrême droite de France, Vous avez évoqué le “poison efficace” de la société française contre l’extrême droite. Sont-ils toujours là ?

L’esprit de “défense républicaine”, que nous avons connu par le passé contre ceux qui ont tenté de vaincre le Parti républicain, est sans doute beaucoup plus à notre époque en raison de l’affaiblissement important du Parti démocrate et de son extrême division. Comme se définissait le chef du gouvernement de la Défense républicaine en 1899, nous n’avons pas aujourd’hui Waldeck Rousseau, « un républicain modéré mais pas un républicain modéré ». La démocratie et les valeurs républicaines ne sont plus aussi profondément enracinées qu’elles l’étaient par le passé, c’est donc une voie idéaliste.

Application L’Express

Analyse de suivi et décryptage où que vous soyez

Téléchargez l'application

Téléchargez l’application

Côté intellectuel, naissance d’un flux similaire au comité d’alerte des intellectuels antifascistes, fondé en 1934 et auquel participent les philosophes Alain, Paul Rivet, Paul Langevin, et André Breton, Jankasuu, André Malraux, etc. Ne peut pas être vu. Le plus publié aujourd’hui est une écoute satisfaisante des thèses nationalistes. Pourtant, c’est la base de la pensée que l’avenir de la démocratie sera accompli.


avis

Chronique

Portrait d'Albert Moukheiber, 8 janvier 2020, Paris, France.Par Albert Moukheiber

Chronique

David Babeles

Le groupe de réflexion L’Express

Le dernier réacteur français a été lancé en 2004.Cécile Maisonneuve est Senior Fellow à l’Institut Montagne et Conseillère au Centre Énergie et Climat de l’IFRI.

Chronique

SharmaniAbnoussé Shalmani