Naufrage de la Manche : “Nous devons comprendre pourquoi les migrants sont prêts à mettre leur vie en danger.”

Il s’agit du naufrage le plus meurtrier de la Manche depuis 2018. Mercredi, au moins 27 migrants se sont noyés alors qu’ils tentaient d’atteindre la côte britannique. Selon la procureure de Lille Carol Etienne, 17 hommes, 7 femmes et “trois jeunes hommes” d’âge inconnu ont été retrouvés au large de Calais en début d’après-midi, dont deux décédés à l’hôpital de la rizière. Deux rescapés, “apparemment la Somalie et l’Irak”, ont été hospitalisés et devraient être entendus sous peu, a-t-elle précisé.

Face à ce drame, Emmanuel Macron a réagi et le Premier ministre Jean Castex a organisé jeudi une réunion interministérielle “suite à un naufrage dramatique”. Le parquet de Dunkerque a annoncé l’ouverture d’une enquête pour “aide à l’immigration au séjour irrégulier en groupe organisé” et “homicide involontaire”. Quatre passeurs présumés ont déjà été arrêtés, et le gouvernement l’a annoncé mercredi soir, dans la cinquième nuit de mercredi à jeudi. Le ministre de l’Intérieur Gerald Darmanin a demandé aux passeurs ainsi qu’au correspondant britannique Priti Patel. Ce dernier a appelé jeudi à “des efforts internationaux de coopération” pour lutter contre les groupes criminels qui organisent des traversées illégales du détroit.

L’Association d’aide à l’immigration, dans le cadre de celle-ci, visait la responsabilité des gouvernements français et britannique. Dans une interview à l’AFP, le chef de l’immigration du Secours catholique Laurent Giovanni, Paul, a appelé à renégocier l’accord entre la France et la Grande-Bretagne, notamment le Touquet, et à confier la frontière avec la Grande-Bretagne à la France. Le problème du franchissement du canal provoque régulièrement des tensions entre Londres et Paris. Mais pour Matthieu Tardis, chercheur au Centre pour l’immigration et la citoyenneté de l’Institut français des relations internationales (Ifri), le problème des carrefours dépasse les problèmes des passeurs et de la politique britannique.

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L’EXPRESS : Les demandeurs d’asile tentent-ils davantage de traverser le détroit en bateau ? Pourquoi ?

Matthieu Tardis : Oui, ces tentatives se sont multipliées depuis 2017-2018, surtout depuis le début de l’année. Mais je ne pense pas qu’il y ait une augmentation significative des immigrants côtiers. Au contraire, il devient de plus en plus difficile de traverser la route en ferry ou en tunnel, et aujourd’hui, il n’y a pas d’autre alternative que de traverser la route vers le Royaume-Uni.

Un programme britannique qui accepte les mineurs non accompagnés existe depuis un certain temps, mais s’est arrêté l’année dernière. En outre, le règlement de Dublin, un règlement de l’Union européenne (UE) qui détermine quels États membres sont responsables de l’examen des demandes d’asile, établit la norme pour l’unité familiale. Ainsi, les personnes ayant des familles au Royaume-Uni pouvaient y déposer une demande d’asile, ce qui permettait à un petit nombre de personnes, notamment des mineurs, de s’y rendre sans danger. Cependant, le règlement de Dublin ne s’applique plus au Royaume-Uni depuis sa sortie de l’UE.

De plus, ce qui change, c’est l’amélioration de la sécurité du curry. C’est compréhensible, mais plus vous êtes en sécurité, plus les gens prennent de risques. Lorsque vous fermez la porte, vous la ratez, même si c’est plus dangereux. Il en va de même en Méditerranée.

Le ministre de l’Intérieur a attribué cette tragédie aux passeurs. L’Association d’aide à l’immigration rappelle la responsabilité de l’État. Qu’est-ce que tu penses?

Vous devez trouver une réponse autre que la question du passeur. L’activité du contrebandier peut être un crime, c’est une activité commerciale. Il y a des passeurs à cause de la demande. Souvent, à des fins sexuelles, il est nécessaire de faire la distinction entre les passeurs et les trafiquants. Par exemple, il existe des réseaux qui organisent l’arrivée de Vietnamiens au Royaume-Uni.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de rôle pour les passeurs de mettre les gens en danger. Mais nous ne devons pas considérer les immigrés comme des gens stupides et irrationnels. Ils sont conscients du risque et en tout cas ils peuvent l’évaluer.Tout ce que vous avez à voir, c’est pourquoi ils sont si prêts à mettre leur vie en danger, pourquoi ils ne veulent pas rester en France ou dans tout autre pays… Le règlement Dublin est un jeu de rôle [hors certains critères comme l’unité familiale, le règlement de Dublin oblige les demandeurs d’asile à faire leur demande dans le pays d’arrivée, NDLR], Pas seulement l’accueil des demandeurs d’asile en France. Sans parler d’avoir des parents au Royaume-Uni ou simplement de parler une langue. A Calais, on voit surtout des gens qui ne sont pas des anciennes colonies françaises. Les pays où l’anglais est parlé sont plus attractifs.

Auparavant, il y avait peu de passeurs en raison de la faible sécurité autour du port et du curry. Il ne blâme pas non plus les autorités. Pourtant, l’association est attentive à la situation depuis des mois et des années. Que s’est-il passé des deux côtés ? Juste pour renforcer la présence de la police. Pendant 10 ans, chacun des nouveaux ministres de l’Intérieur s’est d’abord rendu au commissariat puis à Calais. Le lieu est devenu très symbolique et est un symbole entretenu par les gouvernements des deux pays. À l’exception des parenthèses 2014-2016, la seule réponse a été la réponse de la police.

Pourquoi dis-tu “parenthèses” ?

En 2014, c’était une situation particulière. Selon l’association, il y avait jusqu’à 10 000 personnes dans ce qu’on appelle la « jungle », et selon les autorités, il y avait 6 000 personnes. C’était à peu près le même nombre que la Grèce et l’Allemagne. .. Les autorités ont organisé des réceptions de jour comme de nuit lorsque la répression policière n’était pas suffisante.

En octobre 2016, le gouvernement a organisé le démantèlement de la « jungle ». Les adultes ont été répartis sur tout le territoire et le règlement Dublin a été suspendu. La plupart ont demandé et obtenu l’asile, mais sans le soutien de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides), ce sont ces personnes qui en avaient besoin. Bien sûr, certains sont partis, mais cela se comprend en envoyant des gens dans des campagnes reculées sans explication. En tout cas, cet épisode montre qu’une autre approche est possible et pas nécessaire. Beaucoup veulent traverser, non seulement à cause des Britanniques et des passeurs, mais aussi à cause de l’acceptation de la France. Le nombre d’hébergements pour les demandeurs d’asile a doublé depuis 2015, et des réformes majeures en matière d’asile ont eu lieu. Mais cela ne suffit pas.

Pourquoi la politique d’accueil de 2016 n’a-t-elle pas continué ?

Bernard Kazneuve, alors ministre de l’Intérieur, a adopté une approche plus prudente. L’association a déclaré que le dialogue est possible même s’ils sont en désaccord avec sa politique, plus que l’ancien Manuel Valls, puis Gérard Colon et l’actuel Gerald Darmanin.

De plus, tout cela s’est passé des mois avant l’élection présidentielle. Le gouvernement voulait certainement régler le problème avant, ce n’était pas la cible de la campagne. François Hollande n’a pas comparu et son camp politique n’a pas voulu entreprendre cette politique. J’imagine ne pas être blâmé de “paresse”. Le résultat n’était pas trop mal. Ensuite, le seul attachement des autorités était d’empêcher la refonte du camp.

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Le Royaume-Uni dit avoir réitéré ses propositions d’organiser une patrouille conjointe sur les côtes françaises. Pensez-vous que ce serait une solution pour éviter un tel drame ?

Je ne sais pas, on fait ça en Méditerranée depuis 20 ans, et ça ne semble pas réduire le nombre de morts. Le pari est plutôt d’empêcher le départ. Pour ce faire, nous devons reprendre les négociations avec le Royaume-Uni sur les voies d’entrée légales au Royaume-Uni. Mais cela veut aussi dire que côté français, l’accueil doit être organisé. Si la procédure de demande d’asile est en place, le demandeur doit être détenu, accompagné et notifié. Il faut qu’ils soient confiants : La question de la confiance des immigrés dans l’établissement est fondamentale. Mais à quel point peuvent-ils être confiants s’ils ne font face qu’à l’oppression chaque jour ?

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