“On trouve aussi de la place dans le RER” : Sous Covid, La Défense se transforme en quartier hanté

Dans la cour avant déserte de La Défense, les aboiements du talon de l’employé pressé brisent le silence. Lentement, une jeune femme courait le long d’une allée vide avec un employé régulier en costume sombre, passant sans s’arrêter devant un café attendant quelques clients. Bientôt, il plonge dans l’une des myriades de tours entourant la célèbre Grande Arche, laissant la promenade à la merci de plusieurs joggeurs solitaires. A 9h30 en pleine semaine, La Défense semble être un quartier hanté. Le cortège matinal devant le vendeur de café a disparu, et l’impressionnant ballet de centaines d’employés, d’entreprises de coursiers et de groupes de collègues qui traversaient la route pendant la pause déjeuner a disparu. Depuis la rentrée en janvier, 180.000 salariés de l’arrondissement (dont 60% de cadres) disposent “d’au moins trois jours par semaine, quatre si possible”, si leur profession le permet.

Résultat? “La Défense est triste”, souffle le salarié entre deux cigarettes et trois coups de téléphone. Les hommes qui travaillent dans la tour depuis 2009 ne sont plus conscients de l’atmosphère de ce qui est considéré comme le plus grand quartier d’affaires d’Europe. “Avant, les gens se précipitaient au restaurant, mais le soir il y avait du monde et du bruit après le travail. Maintenant, je n’ai plus que du travail…. Cela ressemble plus à un immense chantier qu’à un lieu de vie.” .” Désigne 12 travailleurs occupés dans la dalle. Frustrée, une esthéticienne, restauratrice, commerçante ou employée de bureau interrogée par L’Express confirme : Regrettant la dynamique déprimée du quartier, les quatre ont accepté d’être bouleversés par la généralisation du télétravail et la désertification de la fameuse promenade pour véhiculer leur quotidien.

“Je me demande si je ne devrais pas changer de travail”

Le bonnet pompon est vissé dans l’oreille et Jamil attend. L’homme s’appuie contre le comptoir et se précipite pour observer les passagers du métro passer devant le magasin, espérant que l’un d’entre eux viendra acheter du café, des pâtisseries, ou des journaux quotidiens. Cependant, les minutes ont passé et il y a peu de clients. Embarqué dans la sortie de “l’Esplanade de la Défense” depuis cinq ans, Jamil, responsable de la marque Hubiz, avoue avoir été frappé “en son coeur” par un arrêt brutal du travail en présentiel dans le quartier en augmentation. “D’avant la crise à aujourd’hui, c’est le jour et la nuit”, souffle-t-il et parle allègrement d'”effondrement”. “Et dès qu’une nouvelle vague de virus émergera ou que le télétravail sera re-généralisé, on s’enfoncera un peu plus.” En 15 minutes, seuls deux voyageurs coupent le vendeur dans son histoire pour repartir avec un muffin ou un journal. « D’habitude, je n’avais même pas le temps de vous parler à ce moment-là, mais tout le monde était chez lui et très calme », explique le gérant désabusé.

Jamil, gérant du magasin Hubiz arrêté "Esplanade de la Défense" Depuis 5 ans.

Jamil, le gérant du magasin Fubiz de l’esplanade de la Défense, y passera cinq ans.

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Service limité. 2 mois pour 1 € sans engagement

Depuis le premier emprisonnement, Jamil n’a même pas pu récupérer “la moitié de ses ventes d’avant la crise sanitaire”. Les deux employés qui travaillaient en équipe le matin et l’après-midi pour répondre à la forte demande ne sont plus nécessaires. L’un est à la retraite et l’autre ne travaille que 11 heures par semaine. Jamil a vu son salaire baisser. “Ça fait longtemps qu’on n’a pas atteint notre objectif, donc il n’y a plus de prime d’intéressement sur les ventes, et cette nouvelle vague n’aidera pas, c’est sûr !”, a-t-il témoigné et généralisé. On vous garantit que vous perdrez sur le télétravail “De ses ventes.” Certains habitués travaillent à 100% depuis chez eux ou ne viennent qu’une ou deux fois par semaine… et se demandent s’ils ne devraient pas changer de métier.” avoue-t-il. Pendant ce temps, le vendeur s’occupe de nettoyer les magazines, de nettoyer le magasin… et pour l’instant je pense que j’ai de la chance. “Nous savons qu’il y a une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, mais nous survivons.” Le magasin Starbucks à côté de son magasin a fermé après sa fermeture en raison du trop petit nombre de participants.

“Ici on vit au rythme de la tour.”

Dans la chaleur apaisante du coiffeur de Franck Provost à La Défense, à des centaines de mètres de là, Cynthia évoque la même désertification de ses clients. “Ici, on vit au rythme de la tour. Si on n’a pas d’employés, on n’a pas de clients”, résume en n’observant que les deux fauteuils du magasin. En fin de matinée, le salon est calme. “D’habitude on travaille plus entre 12h00 et 14h00, et à partir de 16h00”, précise l’esthéticienne. Mais depuis lundi, l’équipe en fait “moitié moins” que d’habitude. La semaine dernière, Cynthia a terminé la journée avec seulement trois personnes. “Ça a été très long, et même si j’aime le travail, c’est difficile.”

Cosmétologue depuis 8 ans à La Défense, Cynthia.

Cosmétologue depuis 8 ans à La Défense, Cynthia.

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La jeune femme regrette l’arrivée bien plus lointaine de ses habitués. « Ils sont à la maison la plupart du temps, ils n’ont pas besoin d’autant de gobelets en nickel tous les jours ! », dit-elle. Et les quelques salariés encore présents préfèrent profiter de collègues disparues pendant la pause déjeuner, plutôt que de passer entre les mains d’une esthéticienne experte. Cependant, malgré la baisse des ventes sur le salon et les arrêts de plus en plus réguliers, l’équipe a décidé de ne pas le décevoir. Création de contenu sur internet, vidéos pour les réseaux sociaux, nettoyage, gestion… “On prend soin de nous et on prend soin de soi pour entretenir notre esprit. Parce que c’est important…” garantit Cynthia. Derrière elle, sa collègue sourit et hocha la tête, acceptant avec joie la photo tout en continuant la coiffure de sa cliente. “On se motive et heureusement on a une équipe soudée !”

“Je ne vois plus le chat”

Le discours est le même partout dans le boyau de la défense. Le restaurant “Vivre caché pour vivre heureux” à côté du salon de coiffure de Cynthia a une ambiance sombre. Trente minutes avant les coups de feu pendant la pause déjeuner, la salle reste désespérément vide. “Nous n’avons que cinq réservations pour le déjeuner, généralement au moins 50-60 !”, explique Florence Room Manager depuis l’ouverture du restaurant en août 2018. Ses observations sont claires. Après le retour à l’école en janvier, l’établissement en perd 60. Pourcentage des gains journaliers. “Je ne vois plus de chats le matin, mais avant de servir quelques tasses de café. Le reste du temps est très calme.” De 15h30 à 18h le lundi, le gérant n’a servi que trois bières à un client. Au service du soir, seules quatre personnes sont venues dîner. « D’habitude c’est plein jusqu’à 00h-1h ! » souffle Florence. Le midi en semaine, les employés servent actuellement une cinquantaine de clients, contre 120 habituellement. “C’est de pire en pire, il y a toujours de nouveaux challenges”, a déploré le dirigeant, rappelant qu’il avait déjà perdu une estimation de 12.000 € lorsque la cagnotte s’est tenue entre un collègue et un rassemblement de fin d’année avant les vacances d’augmentation. Par le gouvernement.

Florence, gérante de restaurant

A partir de 2018, Florence, la responsable de salle du restaurant “Vivre caché pour vivre heureux”.

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Pour étayer sa prétention, Florence a établi un épais record pour 2020, griffonné sur chaque ligne, et rempli de réserves… jusqu’aux pages blanches de mars, avril et mai accusées du premier confinement. “Ça fonctionnait, ce restaurant était notre bébé. On l’a vu grandir, et puis Covid a commencé à lui casser les bras et les jambes”, a-t-elle dit. Je vais m’expliquer. “Vous ne savez jamais combien de temps vous allez durer, c’est toujours stressant.” Cette nouvelle vague de télétravail a une nouvelle fois fait baisser les salaires des mères qui ont raccourci leur temps de travail depuis la rentrée de janvier. Son prix, plein de l’école de sa fille et de l’épicerie, n’a pas baissé. “Mais nous continuons simplement avec notre amour pour notre métier”, conclut Florence, fermant le registre en un rien de temps. “On se lève le matin en espérant qu’un collègue vienne prendre rendez-vous et prendre un petit verre en fin de journée, et garder le moral pour ceux qui sont encore là !”

“Il y a peu d’ambiance”

« Nous viendrons tant que nous pourrons », semble répondre Etienne en fumant devant une immense tour du quartier. Les bancs autour de lui ont été jetés et le cendrier est presque vide. Le jeune homme, qui n’a été embauché à La Défense que pour trois mois, avoue que l’endroit n’est pas aussi animé que d’habitude. « Le bureau est beaucoup moins effectif et il y a de la place dans le RER le matin, mais avant c’était complet », dit-il en riant. Mais cet avantage rare ne semble pas le convaincre des bienfaits du télétravail. “A part ça, l’ambiance est encore pire, et je n’aime pas travailler à la maison.”

Etienne a travaillé pendant trois mois dans l'une des tours de défense.

Etienne a travaillé pendant trois mois dans l’une des tours de défense.

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Etienne, le père de famille, fait partie des salariés qui préfèrent aller travailler par souci d’efficacité. “Je vis dans un petit appartement avec ma femme et mes enfants, donc c’est compliqué de se concentrer, de m’isoler pour un rendez-vous, coupé en fin de journée… Je suis là j’aime beaucoup ça.” Dans un open space dépeuplé, un enfant de 30 ans peut contacter directement des collaborateurs sans passer par le téléphone pour « commander » travail et vie personnelle. « Même si vous avez un petit nombre de collègues, ça fait quand même du bien de les rencontrer ! » Il ferma la bouche et fit taire la promenade avant de regagner le bureau.


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François Bazin, essayiste et journaliste spécialisé en politique.François Bazin

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