Parlement LR, Zemmour, Right Future : Gérard Longue et Henri Guaino, Débat

L’Algérie française, d’abord défendue peu avant sa carrière à l’UDF, a été plusieurs ministres (cohabitant François Mitterrand et Nicolas Sarkozy) et est désormais sénateur républicain. Le second est un fervent admirateur du général De Gaulle, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. Il a passé le RPR UMP avant de quitter le parti LR aujourd’hui. Âgés respectivement de 75 et 64 ans, les deux hommes sont représentés à droite. Dans le cas de L’Express, ils ont convenu de discuter de l’état du camp 45 ans après la naissance de RPR et quelques jours après la séquence décisive. Déclaration d’Eric Zemmour, nomination pour le candidat de droite.

L’Express : le 5 décembre, célébrant le 45e anniversaire de la naissance de RPR. Quand j’y repense plus tard, la promesse de la fête est-elle tenue ?

Gérard Longue : Je pense que le RPR, parti politique auquel je n’ai jamais appartenu, s’est efforcé de maintenir le principe d’indépendance comme cadre d’action politique. Le point du problème pour notre génération est que nous embrassons, voulons ou souffrons de la mondialisation. Je crois que l’indépendance nationale est au cœur du projet républicain français. Je ne pense pas qu’il y ait de liberté citoyenne dans le système mondial ou multilatéral parce que les décisions sont trop éloignées des citoyens.

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Henriguaino : Malheureusement, RPR n’a pas tenu sa promesse : il s’est dissous dans l’UMP. Lors de sa fondation, la promesse de RPR était de continuer le très vieux courant d’idées que la politique considère comme la volonté humaine dans l’histoire. Elle s’enracine dans l’histoire de la France libre, l’histoire de la résistance de toutes les nations et l’esprit de l’institution de la Ve République. C’était un homme politique de Mesmer, Chaban, Debré, Pasqua ou Segin. C’était un mouvement gauro-bonapartiste avec un éventail assez large de fondements populaires et une profondeur historique qui lui donnaient une âme et un ciment certain. Cependant, certains RPR ont décidé que le gaullisme était dépassé et qu’il était temps de passer à autre chose. La fracture est apparue de jour dans la campagne de 1990 de la rébellion de Pasqua et Segin contre les juifs et la balladisation du RPR, suivie de la division face au traité de Maastricht. Segin et Jupe. Elle a trouvé un épilogue à l’UMP en 2002.

En janvier 1983, Jacques Chirac, alors président du RPR.

En janvier 1983, Jacques Chirac, alors président du RPR.

AFP /-

A votre avis, sous quel président avez-vous le mieux couvert les domaines qui étaient censés être eux-mêmes ?

Henriguaino : Après De Gaulle, historien plutôt qu’ayant droit, c’est Georges Pompidou qui a incarné pour moi le meilleur sens des droits dans l’imaginaire français. Mais le gaullisme a plus que raison.

Gérard Longue : Je voudrais citer le Premier ministre Jacques Chaban Delmas. La nouvelle société était très gauloise.

Selon Eric Zemmour, le Parti républicain est devenu un « parti d’éminents centristes » qui « ont trahi les droits des Gaulles ». En d’autres termes, êtes-vous d’accord pour dire que les droits d’aujourd’hui ont trop de FDU et un RPR insuffisant ?

Gérard Longue : L’erreur de droit, c’est que Jean-Marie Le Pen a créé l’UMP en 2002 après avoir rejoint le second tour de l’élection présidentielle. L’idée était d’intégrer RPR et UDF. Mais ce faisant, nous avons des droits pauvres… car un et un n’ont jamais fait deux.

Henriguaino : J’accepte. Cette dilution du RPR et de l’UDF dans l’UMP était la pauvreté. En effet, avec sa sensibilité populaire et sa spontanéité, le courant gauro-bonapartiste a perdu corps et fortune, laissant un vide entre eux. Cet élément a refait surface un peu avec Nicolas Sarkozy, qui a un mélange d’autorité et d’une forte autonomie.

Le Parlement républicain utilisé pour désigner les futurs candidats présidentiels approche. Comme Charles Milon l’a avoué à L’Express, “Les discours des candidats LR ont été convenus. Ils incarnent le droit institutionnel de se craindre soi-même et la langue. Ce droit manque de croyance. Pensez-vous ?

Candidats LR à la présidentielle de 2022, Eric Chotti, Valérie Pecres, Michel Barnier, Philippe Jubin, Xavier Bertrand lors d'un débat télévisé sur le plateau de BFM TV à Paris le 14 novembre 2021.

Candidats LR à la présidentielle de 2022, Eric Chotti, Valérie Pecres, Michel Barnier, Philippe Jubin, Xavier Bertrand lors d’un débat télévisé sur le plateau de BFM TV à Paris le 14 novembre 2021.

afp.com/Thomas SAMSON

Gérard Longue : En effet, les grands enjeux de la France que sont la démographie, l’immigration et la place du pays dans le monde ne sont pas traités par des droits. Nous attendons du Président de la République qu’il nous détaille sa vision de la France. Mais ce n’est pas le cas des Républicains. J’ai entendu parler du candidat. Ce sont d’excellentes discussions de la part de représentants du gouvernement, mais je n’ai pas beaucoup entendu parler de la position du président. Je veux soutenir Valérie Pécrès. Elle dit qu’elle est fière de la France, mais je voulais qu’elle refuse un peu ce concept. Elle est plus une présidente régionale qu’une simple présidente.

Henriguaino : L’enjeu pour les candidats LR à la présidentielle n’est pas de gagner le concours radical, mais de gagner le concours d’incarnation. Pour incarner, il faut de l’individualité, mais il faut aussi quelque chose à incarner : la vision du futur, les idées de la France, de la société, de l’humain et de la civilisation. A une époque où les partis politiques sont moins matérialisés, le processus des élections primaires internes abaisse la présidence d’un candidat et rend plus difficile la matérialisation de sa fonction aux yeux de tous les Français.

François Hollande à gauche regrette que le candidat soit “tout Liliptien”. Le droit n’est-il pas trop choquant ?

Henriguaino : Ce qu’on appelle la droite, pas la gauche, est devenu pauvre à l’UMP. Et d’autant plus qu’il y a toujours eu des droits à l’un qui sont irréductibles et souvent même se détestent. Une chimère de la combinaison de tous les droits. La seule chose qu’on puisse imaginer, c’est l’émergence d’un pouvoir qui transcende les frontières, comme ce fut le cas à un moment donné dans l’histoire du bonapartisme et du gaullisme.

Ce quinquennat représente-t-il une rupture de droits décisive en raison de l’émergence des droits centristes macroniens ?

Gérard Longue : Les droits de la Macronie pourraient être une toute nouvelle image du centrisme. Pourquoi pas? En France, on ne sait pas s’allier. Cependant, tous les présidents ont été élus grâce au transfert des voix entre le premier et le deuxième tour. Emmanuel Macron n’a pas tenu compte de ceux qui lui ont permis de passer de 24 % à 66 % des voix en deux semaines. Il a préféré limiter ses droits aux élections législatives. Si Emmanuel Macron échoue aujourd’hui, c’est qu’il est seul. Il prend le bon scalp : Gérald Dalmanin, Bruno Le Mer. Mais ce n’est pas une alliance parlementaire !

Eric Zemmour a-t-il tout à fait raison ?

Henriguaino : Je n’utilise jamais de phrases fourre-tout qui gênent mes pensées.

Gérard Longue : Je ne sais pas si Zemmour est d’extrême droite, mais il les soutient quand même. Étant un juif pied-noir, il a la liberté d’expression que l’on ne trouve pas dans les grandes villes. Sa façon de parler de l’islam nous ramène à Papy Algérie. Voyez d’où viennent ses membres… Dis-moi qui votera pour toi, je te dirai qui tu es.

Eric Zemmour lors de sa dernière séance de dédicaces "La France ne dit pas le dernier mot", 17 septembre 2021 Turon

Eric Zemmour était en séance de dédicace de son dernier livre, “La France ne dit pas le dernier mot”, à Toulon le 17 septembre 2021.

afp.com/Nicolas TUCAT

Eric Zemmour se déclare candidat du RPR et tiendra son premier meeting de campagne le 5 décembre. S’agit-il d’une capture de l’héritage gaulois ?

Henriguaino : Un héritage du gaullisme ? Je ne suis pas le gardien du temple. Tout ce que je peux dire, c’est que Gaulle et Petan ne peuvent pas vivre ensemble. Un héritage des idées sous-jacentes du RPR ? Non, car Eric Zemmour fait référence à l’idée du RPR de 1990, qui n’est plus de 1976. Son objectif est clairement de restaurer l’ancienne base électorale de Gaulle. Mais pour l’instant, en regardant ses électeurs, c’est loin de ce que Marlow a appelé le “métro de 6 heures du soir”. Les électeurs populaires ont exprimé plus de votes sur Marine Le Pen.

Si LR ne remporte pas la présidentielle de 2022, l’équipe est-elle vouée à disparaître ?

« Si l’élection présidentielle échoue, la restructuration sera inévitable.

Gérard Longue : Je ne pense pas du tout. S’il est réélu, le président Macron effectuera son dernier mandat et il n’aura pas d’enfants ni de succession politique. Le macronisme n’est pas un cadeau ou une idée, mais une action et une personnalité forte. On ne connaît pas l’architecture des prochaines législatives. Peut-il obtenir la majorité absolue ? Les républicains ont besoin de beaucoup de calme et chaque étape est importante. Nous devons nommer des candidats, le soutenir et attendre ses qualifications et sa victoire.

Henriguaino (ironiquement) : L’espoir est une vertu héroïque…

Gérard Longue : Après, il faut encore faire de la politique et se poser des questions. Christian Jacob a gardé la maison, c’est une bonne chose, mais à un moment donné il faut accepter des discussions d’idées autres que d’organiser une réunion en fin de journée… c’est super, mais c’est profond Ça ne correspond pas aux choses.

Henriguaino : La discussion d’idées conduit à une clarification intellectuelle et politique. Si la logique des appareils n’est pas enracinée dans une famille d’idées distantes, je ne crois vraiment pas à la durabilité de la logique des appareils. Si l’élection présidentielle échoue, la restructuration sera inévitable. Il ne réussira que s’il fait réapparaître les pôles d’inspiration gaulliste en même temps que le centre d’inspiration des libéraux de Middleway ou des macronistes Juppé.

Edouard Philippe, avec le Parti Horizons, recréera-t-il ce duopole UDF-RPR dans LREM ?

Gérard Longue : La situation actuelle est tellement amusante! Cela rappelle à Pompidou De Gaulle, qui dit : “Tu devrais aller déjeuner avec Giscard…”. Voyons ce que Macron veut faire ! Et Edouard Philippe…. (il démissionne) Je suis désolé, si le personnage y va. Ce n’est ni Jean Castex ni Richard Ferrand qui incarnent l’avenir.

Henriguaino : Certains républicains ont calculé que s’ils n’ont pas participé au second tour, ils peuvent négocier quelque chose avec Emmanuel Macron. Une sorte de cohabitation avec lui pour la législation…

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Gérard Longue : Je pense que c’est l’idée de Nicolas Sarkozy !

Henriguaino : J’assume la responsabilité de cette déclaration envers vous. Je crois qu’une alliance formelle avec Emmanuel Macron écrasera les Républicains. D’autant plus qu’ils rivalisent avec le nouveau parti juppaiste d’Edouard Philippe. Mais c’est peut-être la voie la plus directe vers la reconstruction.


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