Pierre Athrine : Portrait d’un grand éditeur


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Il y a vingt ans, lors du fameux cocktail annuel des éditions Gallimard, j’ai vu leur PDG Antoine Gallimard se battre avec l’éditeur américain André Schiffrin. Ils m’ont rapproché. Ils pensaient trouver un médiateur dans leur combat avec le biographe de Gaston Gallimard. Le grand éditeur étant juif au début de l’occupation, a-t-il « tué » le fondateur de Playard en le licenciant ? Le petit-fils de Gaston Gallimard a financé le voyage lorsque le fils de Jack Schifflin (Bakou, 1892-New York, 1950) a fait remarquer qu’il avait promis de m’ouvrir une “valise pour les archives” et a proposé de publier les résultats “quel qu’il soit”. était” N.-É. Nouvelle revue française. Ces fameux documents, je ne pouvais pas les voir.Alors je me suis précipité vers le portrait offert par Amos Reichmann Jack Schifflin.Éditeur en exil (seuil).

L’édition Pléiade a été créée à Paris par Jacques Schiffrin en 1923, avant de devenir une prestigieuse collection que nous connaissons. Il peaufine le projet pionnier. Il se composait de nombreux textes composés de polices Garamond pour une lisibilité confortable, dans un format de poche pratique, mais vaguement liés à la peau. Son aventure dure 10 ans avant de demander de l’aide pour éviter la faillite et la liquidation. Son ami André Gide a parlé à Gallimard, qui a acheté La Pléiade. Schifflin est le directeur de la collection. Les accords de Munich de 1938 le tourmentaient. Ce jour-là, Amos Reichmann observe que « le mal est couvert ». Sa santé s’en ressent : Gros fumeur, il souffre de poumons et il ne tarde pas à déclarer un emphysème qui finira par l’emporter. Au cours de sa dernière année, son visage était brillamment affaibli et sombre, et il ne pesait que 49 kg.

Le plus embarrassant est d’insister pour faire de Schifflin une autre victime

Le 5 novembre 1940, Gaston Gallimard lui fait parvenir une lettre de direction lui indiquant qu’il ne fait plus partie de la maison. Propaganda-Staffel l’exige de tous les employés et cadres juifs. Immédiatement pour tous les éditeurs parisiens, il correspond au statut juif. Le directeur commercial Louis Daniel Hirsch et d’autres membres du comité de lecture, tels que Robert Aron, Benjamin Crémieu et Pierre Sirigman, subissent le même sort. Le réfugié de Freezone Schifflin et sa famille ont réussi à se rendre à New York. Il y reprend l’édition, mais naturalisé de son amour pour l’adoption en 1927, il n’a jamais guéri sa nostalgie de la France et du monde.

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Le plus embarrassant est qu’Amos Reichmann a insisté pour faire de Jack Schifflin une autre victime et de Gaston Gallimard l’artisan de sa chute alors qu’il subissait un sort commun parmi les Juifs. Mais, comme tout le monde, il a non seulement appliqué des instructions pour lui permettre de rouvrir sa maison et d’éviter l’aryanisation (appelée « juive »), mais aussi payé régulièrement. les droits interdits par celui-ci ont été respectés. La lecture de ce livre me donne une impression particulière et implacable. Croyez qu’il était prêt à lui faire du mal. Schifflin est la victime et Gallimard est le coupable. En plus d’une écriture minutieuse, les idées sont parfois étonnamment naïves. De nombreuses répétitions gâchent la lecture, à commencer par le contenu de la fameuse lettre de licenciement étant frappé 10 fois. Malgré un accès privilégié à la source, l’auteur peut regretter d’avoir dégagé en quelques lignes toute la complexité du contexte général et de la situation de l’édition sous occupation.

C’est la France, et non Gallimard, qui a trahi l’inventeur de La Pléiade.

Jack Schifflin a estimé que l’œuvre de sa vie avait été « démolie », même s’il la vendait depuis des années. Quinze jours après la libération de Paris, Raymond Gallimard (le frère de Gaston) a déjà proposé de rentrer en France pour reprendre ses fonctions de chef de la “Bibliothèque de la Pléiade”. Cependant, avec sa propre approbation, Schifflin était déprimé et faible et ne pouvait pas envisager un tel retour.

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On comprend qu’il se sente cruellement « trahi », qu’il ait déjà été accablé par la maladie et la mélancolie, et qu’André Schiffrin ait hérité de cet état d’esprit par sa piété filiale. Mais ce n’est pas une honte que les historiens fassent de même. C’est la France, pas Gallimard, qui a trahi l’inventeur de la Pléiade, fierté de notre patrimoine culturel.


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