“Pour une politique européenne ambitieuse et partagée avec l’Afrique”


N.-É.Les réunions ministérielles Union européenne-Union africaine sont rarement fermées et la France doit déjà travailler activement avec la présidence du Conseil de l’Union européenne pour préparer un sommet particulier UE-UA. La question du financement, qui est le talon d’Achille de la politique africaine de l’UE, occupe régulièrement la tête des médias continentaux, mais du côté des dirigeants européens, nous sommes avant tout concernés par la question des migrations. Le chef de l’État français souhaite profiter de la présidence du Conseil de l’Union européenne pour signer un nouveau « Traité de paix et d’amitié » avec l’Afrique sur l’immigration. Et c’est un risque bien réel de voir les négociations autour de ce sommet cannibalisées par ce marronnier qui fait des lits pour les populistes partout en Europe. Ainsi, le sommet UE-UA servira à finaliser la question de l’immigration sous le nouveau prisme, un enjeu politique européen ambitieux et coordonné qui soutient le développement d’une croissance durable sur le continent africain.

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Promouvoir une nouvelle gouvernance intercontinentale

Si l’on sait que seulement 1% des vaccins contre les maladies présentes en Afrique sont produits sur le continent, le récent accord UE-UA sur la production de vaccins en Afrique offre un certain espoir pour l’avenir de la coopération interrégionale. Cependant, des points de friction importants subsistent. C’est le mécanisme d’ajustement aux frontières carbone (MACF). L’Union africaine n’est pas vraiment en phase avec cette nouvelle réglementation, qui risque d’impacter gravement les exportations de certains pays africains.

Sans consultation et discussion préalables avec le continent, son application risque d’être difficile et peut-être inefficace. Carlos Lopes, haut représentant du président de la Commission de l’Union africaine, a souvent cherché à soutenir une règle réexaminée entre l’Afrique et l’Europe. Objectif : se concentrer sur la coopération de continent à continent. Le Green Deal européen ouvre un nouveau chapitre au sein de l’UE où les États membres votent pour un accord commun.

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La Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), qui en fait partie, est un débat supplémentaire sur la puissance que l’Afrique peut créer. La plus grande zone commerciale du monde a le potentiel de réajuster les relations entre les deux continents. Cependant, la logique d’exportation est encore omniprésente dans les pays européens, et nous pensons que l’Afrique est une part de marché supplémentaire à conquérir, pas un partenaire pour créer de la valeur. Cette gouvernance doit prôner l’intégration des pays africains impliqués dans le programme européen bien avant son démarrage.

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Plus de finances, mais mieux qu’autre chose

59 milliards d’euros, c’est le montant dépensé par la Banque européenne d’investissement dans 52 pays africains aujourd’hui. L’allocation des droits de tirage spéciaux (DTS), entrée en vigueur en août de l’année dernière, bénéficiera aux pays continentaux à hauteur de 33 milliards d’euros. Dans ce cadre, le Sommet du financement de l’économie africaine a permis d’identifier le besoin de débloquer de nouveaux financements pour le secteur privé. Rappelons que l’Afrique a besoin d’un total de 200 milliards de dollars pour atteindre ses 27 Objectifs de développement durable (ODD), selon la Unctad. La COP26 est, en un sens, un exemple du manque d’ambition et de clarté de la stratégie de financement du continent. Il était une fois, les pays africains devaient se contenter des 500 milliards de dollars des pays développés, bien en deçà des 1 300 milliards de dollars requis.

Ceci dit, nous pensons que l’Afrique peut et doit dans un premier temps s’autofinancer en partie. Grâce à son expertise et son assistance technique, l’UE peut privilégier les financements locaux soutenus par les Afro-Américains, en particulier les femmes. Cela permet de réduire la dépendance vis-à-vis des investissements étrangers d’une part et le biais d’investissement sur les porteurs de projets d’autre part. Nous pensons également que la création d’un donateur neutre paneuropéen responsable de la mise en œuvre et du financement de la stratégie UE-UA facilitera la coordination entre les institutions multilatérales de développement telles que la Banque africaine de développement et la Banque européenne d’investissement. Une organisation de développement propre à chaque pays.

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Prévenir le changement climatique

L’Afrique a le potentiel d’enregistrer plus de 100 millions de migrants climatiques nationaux d’ici 2050, selon un récent rapport de la Banque mondiale. L’autosuffisance énergétique est de loin l’enjeu le plus décisif pour le continent africain. L’électricité est considérée comme un produit de base en Europe, mais près de 80 % des ménages ruraux africains n’ont pas accès à l’électricité. Ce phénomène contribue indirectement à une mobilité accrue des populations rurales vers les zones urbaines.

Pour améliorer cela, nous pensons qu’un interlocuteur unique représentant les donateurs en Europe et en Afrique peut permettre la distribution des fonds et la sélection de meilleures technologies. Suite à cela, certains pays africains ont fait preuve d’une autonomie sans précédent dans le développement de l’hydrogène. C’est une énergie largement valorisée en Europe, notamment en France dans son plan d’investissement 2030, mais qui peine encore à être totalement verte.

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Le développement d’une stratégie commune UE-UA en élargissant l’Union européenne sur la stratégie et l’hydrogène facilitera le développement d’une expertise commune et le déploiement d’infrastructures appropriées. Il appartient au Président de la République d’agir et d’avoir l’ambition de donner un nouvel élan aux relations entre l’Europe et l’Afrique. Elle devra inévitablement se réinventer, faute de quoi elle ne pourra pas faire face aux énormes défis qui l’attendent.

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* JMA est un incubateur de politiques publiques qui contribue à promouvoir le développement du continent africain et le dialogue et la coopération entre l’Europe et l’Afrique, car je m’engage pour l’Afrique.