Pourquoi l’Europe ne semble pas affectée par la spirale de l’inflation jusqu’à présent

L’inflation est redevenue une « priorité absolue » en Europe occidentale, perdue depuis près de 30 ans. C’est en tout cas ce qu’a reconnu le président américain Joe Biden deux heures seulement après l’annonce d’une hausse remarquable de 6,2% de l’indice global des prix à la consommation (+ 4,7% pour l’inflation sous-jacente) sur l’année. Il existe un lien entre cette hausse et la hausse sans précédent de l’indice du coût salarial, sans revenir sur des déterminants spécifiques et temporaires (hausse des prix de l’énergie, des coûts de transport, pressions d’offre…). Sur 20 ans (+ 4,6 % en un an), cela donne corps à l’hypothèse de formation d’une boucle prix-salaires-prix. Un diagramme qui est un véritable marqueur du mécanisme de gonflage.

La formation d’une telle boucle attend-elle à son tour en Europe, notamment en France ? Pour ce faire, vous devez examiner les conditions nécessaires (mais pas toujours suffisantes) qui accélèrent la transition des employés d’un emploi à un autre. Cependant, les choix politiques faits en Europe et aux États-Unis pendant la captivité étaient fondamentalement différents. L’Ancien Monde a généralement choisi de maintenir les contrats de travail, en somme gelés grâce au déploiement généralisé du généreux système de chômage partiel. Aux États-Unis, les choix étaient assez différents. Les relations contractuelles entre employeurs et salariés ont été beaucoup plus souvent coupées, avec 25 millions d’emplois (soit un sixième de l’emploi marchand !) disparus au printemps 2020. Revenu des chèques distribués directement aux ménages facturant le gouvernement fédéral pour compenser les pertes associées.

Aux États-Unis, la liquidité des salariés booste les salaires

Le choix des États-Unis a entraîné une accélération remarquable de la mobilité. Les taux d’emploi et de rotation ont grimpé en flèche, non seulement en raison du mouvement de personnes qui ont temporairement perdu leur emploi pendant la période de Covid, mais aussi récemment en raison de la vague de démissions. Le taux de démission aux États-Unis frôle les 3 % de l’emploi privé alors qu’il dépasse à peine les 2 % dans les années précédant la pandémie. La mobilité passe par la mobilité dans un contexte d’intensification de la concurrence entre employeurs.

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Résultat : cette mobilité est un vecteur d’accélération salariale ! Plusieurs études publiées avant la pandémie montrent que les autorités financières préoccupées par l’inflation des salaires devraient prêter plus d’attention au phénomène de redistribution du travail d’un emploi à un autre, peut-être au taux de chômage. (Voir Moscarini et F. Postel-Vinay, 2016).. Cette caractéristique pré-pandémique semble être encore plus prononcée aujourd’hui. Ainsi, les augmentations de salaire pour ceux qui ont changé d’emploi aux États-Unis étaient de 5,4 % en septembre (sans précédent depuis 2002), mais les augmentations de salaire pour ceux qui n’ont pas changé d’emploi ont culminé à 3,5 % ou plus. 1 an.

Pas d’accélération de la mobilité en Europe

Détectez-vous déjà l’accélération de la liquidité du travail en Europe, notamment en France ? Non. Après avoir chuté pendant la période d’emprisonnement, le mouvement syndical des salariés en CDI s’est désormais quelque peu redressé, mais au deuxième trimestre il est encore moins fréquent qu’avant la pandémie. Parallèlement, le taux de démission (+ résiliation de contrat) pour la journée est revenu aux niveaux d’avant la pandémie, 2,9% des salariés démissionnant trimestriellement au prorata de leur emploi sur le marché de la paie. Cependant, cette montée est probablement le résultat d’un mouvement pour corriger la descente précédente, plutôt que l’accélération réelle de la maniabilité.

Bien qu’il ne soit pas encore perceptible, le mouvement ouvrier sera une variable importante à scruter dans le contexte des difficultés de recrutement, qui sont encore une fois particulièrement graves. Et il s’agit d’évaluer dans quelle mesure les salaires peuvent contribuer aux chocs de prix, même si les salaires sont bien inférieurs à ceux de l’ensemble de l’océan Atlantique.

Globalement, il a été décidé si chaque choix de gestion des ressources humaines pendant la pandémie créait une situation favorable à l’accélération des salaires. Le choix américain de compenser le chômage par la distribution d’aides publiques contribuera en tout cas à accélérer ce salaire par la mobilité qu’en Europe, promoteur de politiques de maintien des relations de travail. Bref, deux arbitrages différents, une nouvelle forme d’arbitrage entre emploi et salaire.


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Dennis Ferrand est directeur général de Rexecode, maître de conférences à l’université Paris Dofine et vice-président de la Société d’économie politique.


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Frédéric Filloux est chroniqueur à L'Express et rédacteur en chef de Monday Note.Frédéric Phillow

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Robin Rivaton, essayiste, membre du Conseil d'évaluation scientifique de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapole).Robin Rivaton